La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA MONOGAMIE ET L'UNION LIBRE « une chose bien horriblement incompréhensible qu'on veuille à « toute force aujourd'hui nous donner la Famille pour ce qu'il y a de « plus respectable et de plus saint au monde; la Famille, où les rap- « ports privés sont la hideuse miniature des rapports publics, aigreur, « défiance, jalousie, mensonge, cupidité, bassesse; où toute noble ,< vigueur s'énerve, où toute belle flamme s'éteint! - Mais on ne sait ,< donc pas que c'est dans la famille que nous sommes le plus laids, « car nous y vivons tout nus, sans respect de nos enfants, ni de nos ,, valets, ni de- nous-mèmes ! On ne sait donc pas que c'est dans la « famille qu'éclatent nos querelles les plus dégoùtantes, les plus « effrontées, les plus lâches aussi, car celles-là n'ont à courir ni « réparation ni danger! On ne sait donc pas que la Famille a des dia- « logues intimes qui feraient rougir dt:s crocheteurs; que, s'il vous « arrivait, à vous gens bien élevés, en gants blancs et en voiture, ,, de risquer n'importe où et envers qui la moindre des familiarités ,, affreuses dont vous flétrissez vos femmes, la plus polie des épithètes « dont vous outragez vos enfants, ceux qui passeraient, et qui \'OUS « ressemblent et qui chez eux font comme vous, ne vous trouveraient ,, pas assez de sang pour les \'enger ! Il faut bien comprendre, cepen- ,, dant, que ce despotisme sans appel et sans frein, ce cynique oubli ,< de tout ménagement et de toute forme, amèneront fatalement la ,< ruine d'une institution plus déshonorée encore qu'elle n'est ,, vieille. >> Il faut pourtant reconnaitre que de ces diverses protestations aucune n'était absolument digne de fixer l'attention du légi:,te. Certaines d'entre elles marquaient trop de passion; d'autres n'étaient ni sincères ni désintéressées. Mirabeau, pour ne citer qu'un exemple, n'aurait nullement songé à s'éJeyer contre la constitution monocratique de la Famil 1e s'il n'en avait été lui-mème une des plus bruyantes victimes, Et, quant à ces plaintes, considérées dans leur ensemble, on pouvait leur adres:;er le reproche d'avoir critiqué sans conclure. Ni les philosophes, ni les députés révolutionnaires de 1789 ou de 1848 ne proposèrent d'introduire dans l'organisme domestique, manifestement mauvais et reconnu comme tel, la moindre des modifications; et ce n'est point calomnier tous ceux qui. depuis Voltaire jusqu'à Saint-Simon, écrivirer,t contre la Famille, que de nier qu';\s eussent souscrit à l'association familiale libre, si quelque précurseur du temps actuel la leur eùt présentée. C'est pourquoi de telles protestations n'auraient eu dans les classes supérieures qu'un bien faible écho, si la foule, brisant enfin, etde son propre mouvement, les entraves légales apportèes à l'union et à la filiation naturelles, n'avait montré au législateur que les lois de la Famille, essentiellement antagoniques aux besoins créés à l'homme par sa constitution physique elle-même, et aux sentiments affectifs sans lesquels · rien ne distingue l'associatio!' conjugale de l'accouplement, ne pou-

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