La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA PROPRIÉTÉ SOCIALE ET LA DÉMOCRATIE dans la justice, et, comme tout le reste, elle doit devenir scientifique par le progrès même de la science sociale. L'idée juridique d'obligations contractuelles et l'idée biologique de fonctions vitales sont l'une et l'autre susceptibles d'une définition et d'une délimitation exactes ; or, la fraternité n'est qu'une conséquence de ces idées. Nous sommes frères parce que .nous acceptons volontiers un même idéal en entrant dans la société et que nous nous obligeons à former une même famille ; nous sommes frères aussi parce que nous sommes naturellement membres d'un même organisme, parce que nous ne pouvons vivre ou nous développer les uns sans les autres, parce que notre moralité même est liée à l'état social et à la moralité de l'ensemble. En définitive, l'idée d'un organisme contractuel est identique à celle d'une fraternité réglée par la justice, car qui dit organisme dit fraternité, et qui dit contractuel dit juste. » Dans laproprrété sociale et la démocratie, M. A. Fouillée, fidèle à sa doctrine générale, cherche ce qu'il y a de bon dans le système individualiste et dans le système socialiste qui ne voient chacun qu'une face de la vérité. La richesse collective existe en partie et, mieux employée, pourrait, en cas de besoin, fournir le nécessaire, par l'assurance organisée sur une vaste échelle. Il y a, pour les nouveaux venus dans la société, une propriété collective qui est l'instrument de travail universel : l'instruction qui tend à devenir de plus en plus gratuite; enfin, le pouvoir politique (mieux organisé), n'est pas la moindre puissance donnée au citoyen qui entre dans la vie. Ce sont ces trois points, ces trois richesse;; que M. Fouillée va étudier, dans ce qu'elles sont et dans ce qu'elles devraient être, qu'il va nous montrer dans une vue large et éclairée, se refusant à absorber entièrement la propriété individuelle dans la propriété sociale, mais encore plus à absorber la propriété sociale dans la propriété individuelle de plus en plus étendue. Le socialisme exclusif attribue à la volonté de l'homme et à l'organisation sociale la responsabilité de tous nos maux et la puissance de produire tous les biens dans l'avenir, oubliant que c'est la nature humaine qu'il faut modifier peu à peu en l'éclairant par la science et la moralisant par l'éducation. On ne peut transformer en un jour l'organisme social qui risque de périr dans un bouleversement trop brusque; il faut y apporter lentement tous les changements nécessaires en diminuant d'abord l'excès d'inégalité qui compromet aussi la vie de l'ensemble. O!Jel est donc le fondement scientifique du droit de propriété? Ce droit est-il absolu et tout individuel, ou est-il relatif et en partie social ? Quelle est la part légitime de l'individu ? Quelle est la part légitime d·e la société ou propriété sociale? 30

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