La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

440 LA REVUE SOCIALISTE vers l:1 campagne, nous admirions les lueurs rouges des hauts fourneaux dansant :lll milieu des lampes électriques, qui scintillaient comme des étoiles. Cette contrée, vue la nuit, constitue un paysage tout à fait fantastique. Au moment 011nous entrons dans Denain, nous nous croisons avec deux soldats du 127', en tenue de campagne, la gamelle sur le sac, le fusil sur l'épaule, qui font mélancoliquement une patrouille. Nous voyons les fenêtres des corons s'éclairer les unes après les autres, cc qui nous indique que les mineurs se lèvent pour se rendre à la mine et nous semble d'un bon augure au point de vue général. A Abscon, nous entrons dans un cabaret 011l'on nous fait concevoir des craintes injustifiées ; on nous dit que la veille les ouvriers très agités ont parlé de grève et on croit qu'il y aura chômage le matin. Nous nous rendons directement à la fosse Casimir-Périer. A cent mètres, deux sentinelles croisent la baïonnette en travers de la route en criant : « Halte-là ! » Nous stoppons. « L'une des sentinelles munie d'un carnet et d'un « crayon nous somme de décliner nos noms, prénoms et qualités; notre « cocher lui-même doit passer par les exigences de la consigne. « Le même factionnaire nous prie de descendre de voiture, enjoint à « l'automédon de ne pas bouger et nous conduit, toujours baïonnette au canon, « jusqu'au poste où nous nous trouvons en présence d'un maréchal des logis « de d1Jsseurs à chev:il qui, la calotte bleue galonnée d'Mgent posée sur l'oreille « et écarquillant les yeux comme un homme qui vient de sommeiller, nous « demande des pièces d'identité. » Nous lui passons notre carie de presse. Après l'avoir soigneusement étudiée il nous la rend en s'excusant de nous avoir dérangé et en nous autorisant à circuler librement. Les descentes ont lieu ordinairement, comme nous l'avons dit, de quatre à six heures. Q1.1atre heures sont passées et pas un mineur. Nous attendons quelques minutes, et 11qualn: heures et demie, les mineurs ne venant pas à nous, nous faisons comme Lagardère, nous nous décidons 11 aller à eux. En route pour Denain, dont 011 nous a dit du mal. Nous alllons jusqu'à l'iglise, en plein cœur du village, sans avoir rencontré une âme ............ . Sur la place nous trouvons un piquet du 19• chasseurs à cheval sous les ordres de M. le lieutenant de Verneuil. On nous dit qu'un plus fort détachement du même corps s'est porté en avant jusque Wandignies-Hamage pour couper la route de Denain à tout groupe suspect. Nous entrons dans un café pour nous réchauffer un peu et nous sommes l'objet d'un incident assez drolatique. Tandis que nous causons avec quelques cavaliers prêts à monter en selle, nos têtes paraissent suspectes à un brave lieuteuant de chasseurs qui, nous ayant dévisagé d'un œil sévère, s'éclipse pendant quelques secondes et revient flanqué de deux gendarmes à la figure réjouie« dont « l'on nous demande si nous sommes des voyageurs et nous prie de vouloir bien << exhiber une seconde fois nos papiers. » Il fait bon d'être en règle pour s'aventurer actuellement dans le pays d'Anzin, sans quoi on risque d'Être empoignés ,omme de vulgaires agitateurs. Nous nous demandons ce qu'il arriverait de MM. Basly et Lamendin « s'il pass:iient par ici à quatre heures du matin. » Pendant ce temps, les mineurs passent de plus en plus nombreux et ccr-

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