"394 LA REVUE SOCIALISTE -dière était remplie de vapeur à l'exces; il existait une soupape qui en permettait le dégagement. Je veux parler des débouchés extérieurs. Notre siècle est pour l'Europe continentale le grand siècle de la politique coloniale. L'intérieur était trop étroit pour y déverser les trésors ,de marchandises qui sortaient des usines : l'extérieur sera inondé. De là donc, d'abord la conquête plus ou moins pacifique des marchés des nations voisines, l'institution des consulats, des agences, des comptoirs en dehors du territoire; de là, en second lieu, les conquêtes extra-continentales à main armée, les subjugations de l'Océanie, de l'Afrique, de toutes les iles qui surgissent au-dessus des flots des Océans. On a essayé de couvrir de fleurs ces annexions par nos pays capitalistes de toute la surface solide du monde; on a invoqué des prétextes de religion, de ,civilisation pour expliquer ces orgies d'incorporation territoriale. A l'heure présente il n'est plus permis à personne d'ignorer que les Stanley, les Wysman, les Dodds, etc., ne sont pas autre chose que des voyageurs de commerce, qui au lieu de convaincre leurs clients en faisant valoir la finesse, la supériorité de leurs échantillons, se contentent d'imposer à coups de fusils et de mitrailleuses les marchandises frelatées et empoisonnées de ceux qui, maitres des pouvoirs publics, chargent les ouvriers-soldats d'organiser le transport à l'extérieur des produits qui manquent à ceux-ci et à leurs parents dans la mère-patrie même. Je ne sais s'il existe une condamnation plus implacable du régime capitaliste que cette politique coloniale dont se pare la bourgeoisie, la prétendue civilisatrice des continents rouge, jaune et noir. Les classes laborieuses souffrent de la disette; les producteurs de toutes choses manquent de toutes choses. Les possédants eux-mêmes ne savent où donner de la tête avec les monceaux de marchandises, vomies par leurs fabriques : il n'y a pas de consommation à l'intérieur, parce que les salaires des travailleurs sont trop bas et les périodes de chômage trop longues. Et plutôt que d'accentuer la consommation intérieure en élevant les salaires, en augmentant les ressources des producteurs, les capitalistes préfèrent exporter leurs produits vers des continents lointains où on n'en a que faire. L'antiquité s'est contentée d'imaginer dans sa mythologie un supplice de Tantale; la bourgeoisie l'a réalisé dans !a vie de tous les jours et en torture la classe ouvrière toute entière. Qu'importe à cette bourgeoisie! Elle touche ses dividendes et palpe sa liste civile. Mais à quoi aboutit cette expansion économique de tous les pays capitalistes? Je pourrais la comparer à un remède, qui endort le mal pour quelque temps, pour lui permettre de recueillir toute son acuité et d'agir par après avec d';i.utant plus de violence, que cette sorte de sommeil, causé par la morphine de l'exportation et de la politique coloniale, a condensé ses principes méphitiques. Civiliser, dans le sens capitaliste du mot, c'est introduire partout le
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