La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA CONJONCTURE CAPITALISTE 393 mie politique classique allaient régner la fraternité, l'entente et l'harmonie. S'il est une doctrine qui a fait banqueroute dans le cours des siècles, c'est bien le manchestérianisme; s'il est un régime qui s'écroule dans la boue, c'e:;t bien celui de la liberté économique ; s'il est une classe qui aura des comptes terribles à rendre devant l'histoire, c'est bien la bourgeoisie. L'expérience d'un long siècle a démontré à toute évidence l'impuissance du laisser faire, laisser passer pour don!1er aux hommes cette somme de bien être et d'indépendance à laquelle ils ont droit. Toute la durée de son application est jalonnée de cataclysmes, de: misère, de flaques de sang. Et ce serait là le régime éternel, immuable qui étreindrait l'humanité? Ce serait à ce régime d'agonie, de désespoir, d'esclavage et de décadence qu'aboutirait la poussée de la science, des situations économiques, du machinisme? Emettre pareille affirmation, c'est profaner l'histoire; c'est insulter la classe ouvrière que de soutenir qu'elle sera assez lâche, assez misérable pour supporter longtemps encore le poids de tant de turpitudes et de tant d'angoisses. Mais revenons à nous même; et avec le sang-froid de celui qui croit à la science et à ses lois, recherchons si le régime capitaliste ne renferme pas en soi les germes de sa propre destruction. Nous disions tantôt que la libre concurrence était l'âme, le souffle qui vivifiait la bourgeoisie et nous montrions comment ce souffle desséchait, brùlait les poitrines et les cœurs ouvriers. Mais il n'y a pas que le prolétariat qui ait à souITrir de l'ardeur du simoun libertaire. Si la liberté a été l'oxygène qui activa la vie de la classe bourgeoise, elle est aussi et sera de plus en plus l' ,,cide carbonique qui asphyxiera celle-ci. Nous parlions des crises d'abondance, de la fermeture des usines, des grèves pléthoriques. Ce sont là aussi des éléments de ruine pour la bourgeoisie possédante comme ensemble d'individus. Chacune de ces attaques d'apoplexie économique, chacun de ces excès de richesses emporte quelques-uns des privilégiés de l'ordre actuel; ils ont trop de sang dans le corps, c'est-à-dire trop de marchandises dans leurs dépôts et ils n'ont pas à leur disposition de lancette capable de pratiquer une saignée qui les allège, c'est-à-dire qui écoule leurs produits. De là, le marasme économique, la suspension des paiements, les faillites, les hétacombes de capitalistes, de petits capitalistes surtout, qui, étant donné la pénurie de leurs capitaux et le peu d'extension de leur crédit, ne peuvent pas résister, attendre la prochaine rc:prise des affaires; de là, un premier phénomène de concentration capitaliste. Mais jusqu'ici, il y a eu un palliatif pour la bourgeoisie. La chau-

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