REVUE DE LA PRESSE ÉTRANGÈRE rarement avec les socialistes ayant un programme déÎlni, tel que celui de la S. D. F. de Londres ou du Parti ouvrier français. Tirée des peintures frappantes et pittoresques de la misère, c'est une œuvre d'artiste qui n'a jamais 111_!lnqueén aucun temps. ,, La souffrance est artistiquement et littérairement beaucoup plus féconde et suggestive que le bonheur "· Rien de varié comme les tortures humaines; c'est une matière très riche à mettre en vers et en romans. La santé et le confortable sont de mauvais sujets de drames pathétiques et de comédies larmoyantes. Si donc on cherche uniquement à faire œuvre de poésie, rien de mieux que du Carlyle ou du Victor-Hugo, mais ce n'est là, à aucun titre, du socialisme. Le socialisme est fait de programmes, de tactique politique, d'acte précis. L'écrivain socialiste n'écrit pas pour écrire, il écrit pour agir. Il voudrait même n'écrire pas du tout. Il n'est pas littéra teur, sinon par nécessité, parce qu'on n'a pas encore trou\'é de meilleur moyen de s'entendre que de parler et de répandre ses idées que d'écrire. Mais il ne faut pas abuser de la virtuosité parleresque et écrivassière. Quand bien même elle ne devrait que répandre certaines formules et vulgariser un programme, un catéchisme, la propagande marxiste, avec ses allures professorales et sèches, peut avoir du bon. Ce n'est pas avec des poèmes et des romans seulement, c'est avec des textes de loi qu'on mène les hommes. Le peuple a besoin d'ètre enthousiasmé sans doute, mais il a plus encore besoin d'être endoctriné et gouverné. On prend ici les deux derniers termes dans le sens large du mots. Cc sont des remarques de cette nature que fait valoir la justice contre la polémique purement passionnelle et humoristique du Clario11, d'une part ; d'autre part contre l'enseignement un peu opportuniste des Fabia11s. On n'a pas à prendre ici parti entre ces diverses tendances. Elles sont toutes nécessaires et légitimes. Tout ce qu'on peut retenir de ces luttes d'école à école et de tactique à tactique, c'est la diffusion de plus en plus large des idées socialistes. Quand on se bat courtoisement d'ailleurs, c'est signe de vie. La presse socialiste ou simplement à tendance socialiste, a fait depuis une vingtaine d'années de grands progrès en Angleterre. Les farces amusantes du Clarion et les discussions plus dogmatiques de la Justice font pénétrer, chacun à leur i:açon, l'idée socialiste dans la masse de la nation. De tels journaux ont pour les étrangers, pour les Français surtout, l'inappréciable avantage de nous faire pénétrer plus à fond que ne peuvent le faire des Revues dans la vie intime du socialisme anglais dans les particularités mêmes de la lutte. Un Pal/ Mali Ga1,cffc et un P1111ch socialiste sont choses précieuses pour nous qui sommes encore si dénués en ce genre.
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