REVUE DE LA PRESSE ~TRANG~RE 349 « dans un criticisme systématique et doctrinaire, qui n'appartient qu'à « la chaire et se mettant à la fenêtre en l'attente des évènements << qu'amène l'évolution, il ne sait pas prendre à temps un poste au « milieu des rebelles d'aujourd'hui, révolutionnaires de demain. » Le Giornale degli 1~·cono111isli, en dehors des articles de politique courante, qous apporte deux études (« la Théorie de la population », par E. La Loggia, et « la Question de huit heures », par L. Albertini), qui méritent une mention spéciale en ce sens qu'elles marquent un progrès des conceptions purement économiques vers l'idée sociale. Pour ne parler que de la seconde étude, dans un intéressant historique de la question, l'auteur nous arrête longuement aux origines aux Etats-Unis, en Australie, puis plus brièvement, en Angleterre, en France, en Allemagne, en Suisse, en Autriche, en Italie. Pour l'Europe, il utilise surtout les tra\'aux de Mataga et de Benoit Malon. li conclut en des termes, bien entendu, très favorables au mouvement des huit heures, malgré les constatations historiques très pessimistes qu'il croit pouvoir faire sur l'état des esprits en Italie et généralement en dehors des pays qui ont donné le branle au mouvement. Le désir des huit heures suppose, en effet, un état mental qui ne se crée pas d'un jour à l'autre ; quant à la réforme légale, cl le peut fort bien. comme toutes les réformes légales, devancer les désirs formulés des intéressés et les créer en l1;:ssatisfaisant d'avance. C'est ce qui s'est passé pour les lois scolaires et pour bien d'autres. La législation précède parfois les mœurs. c'est même ce qu'elle a de mieux à faire, et c'est cc qu'elle ne fait, hélas ! que trbp rarement. Sans doute, comme le dit l'auteur, « on constate, et dans « bien des Etats en dehors de ceux qu'on vient de citer, si vif que « puisse être le désir d'une plus courte journée de travail, la ques- « tion des huit heures proprement dite, n'a aucune importance, « puisque la durée du travail y est souvent de douze heures et plus, « au point que les classes travailleuses de ces Etats n'entrevoient même « pas l'idéal d'une journée de huit heures, et n'ont pas la force morale « de lutter énergiquement pour l'obtenir, croyant, à tort ou à raison, « avoir bien plus besoin d'une augmentation de salaire que d'une di mil< nution d'heures de travail. Si, au I or mai peut-être, ils lèvent un faible « soupir vers les huit heures. c'est comme le soupir d'un homme « accablé de fatigue. » ~ais il faut ajouter que « lorsque les ma\heu- « reuscs classes seront mieux nourries et plus instruites, allégées du « poids excessif qui les oppresse aujourd'hui, elles comprendront « mieux leur intérêt, elles entameront plus vigoureusement la lutte l< contre le capitalisme, alors elles élèveront la voix pour les huit « heures avec la même énergie que l'ouvrier anglais par exemple. J>
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