LA GREVE DES MINEURS 301 qu'ils invitaient à accorder des augmentations de salaires; au gouvernement dont ils sollicitaient l'intervention pacificatrice; au ministre des chemins de fer à qui ils reprochaient quotidiennement la pénurie des wagons destinés à transporter les houilles en France. Tout cela produisait son effet sur les mineurs et sur les chefs des syndicats. Et qui sait si ceux-ci n'escomptèrent pas l'augmentation prévue des salai~es comme un succès dont tout l'honneur ne pouvait manquer de rejaillir sur eux, ajoutant ainsi à leur influence et à leur popularité. C'est peut-être parce que les comités directeurs des syndicats n'étaient pas assez sûrs des ouvriers qu'ils ont retardé l'heure de la déclaration de la grève; mais c'est peut-être aussi parce que du 18 au 25 ou au 27 septembre, ils avaient l'espoir de voir les patrons accepter les exigences de la Fédération nationale, qu'ils n'ont pas, dès le premier jour, affirmé leur solidarité avec les grévistes français. Si la grève était possible en Belgique le 18-septembre, les syndicats ont commis une grande faute en ne la faisant pas éclater. Quoi qu'il en soit - et c'est le point sur lequel nous tenons à insister - le mou_vement gréviste, en Belgique, n'a pas eu le caractère d'un mouvement international, soit que le sentiment internationaliste n'ait pas encore pénétré assez avant chez les ouvriers, soit qu'on l'ait empèch~ de se manifester. Du côté des syndicats catholiques, les dispositions étaient plus que malveillantes. Le factum ci-dessous qui fut placardé dans toutes les communes du Borinag;e en fournit la preuve : Fédération ow:rière catholique boraine. Mineurs borai ns, •Les français vous demandent de fair<! la grève. •La ferez-vous ? Qyand vous l'avez faite en avril dernier, vous ont.ils soutenus? - Non : ils ont continué à travailler; ils ont réalisé de gros bénéfices en venant vous enlever les marché~ de charbons qui vous procuraient du travail et du pain. L'an dernier, ils ont maltraité et chassé vos frères belges et vous ont insultés au cri de : A bas les Belges! Aujourd'hui, ils font grève. Devez vous les soutenir? - Non. 11 faut leur reprendre les marchés de charbons qu'ils vous ont enlevés. Les commandes afflueront de tous côtés. Les prix des charbons augmenteront, et avec eux augmentero•it vos salaires. Restez au travail : c'est l'avis des :w,ooo mineurs borains qui ont refusé de prendre part au referendum. La grève d'ailleurs vous ruinerait pour longtemps au profit des étrangers. Donc, pas de grève ! Le comité de la Fédération ouv1'ière catholique boraine.
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