La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE . rer dans ce qui n'a pu être accaparé par l'individualisme, ne constituaient plus une propriété commune, les campagnes deviendraient inhabitables. L'exploitation collectiviste s'impose quand même aux pauvres gens dont la force s'éparpille comme la poussière soulevée par le vent par l'effet du morcellement indéfini des propriétés rurales. Dans la plupart des villages, les chèvres ou les porcs constituent sous la garde d'un unique gardien un troupeau compact dont chaque unité représente une propriété particulière. Tous les habitants du village ont ai.nsi à peu de frais du lait et du lard. C'est par la coopération des efforts humains et par l'association des parcelles que des communes se sont pourvues de l'outillage de chemins et de ruisseaux d'arrosage qui constituent le patrimoine collectif. Avec les progrès modernes, l'outillage commun est devenu insuffisant. Tous les travailleurs agricoles comprennent l'utilité des efforts personnels multiples pour construire un barrage dans leur rivière et pour entretenir en bon état le long canal qui en déviera le cours afin d'amener en tête de nombreuses propriétés l'élément essentiel de la fertilité des terres. Pourquoi donc les paysans n'associeraient-ils pas, comme pour un syndicat d'arrosage, leurs terres et leur travail pour la culture des. céréales et pour la production irréprochable du vin? Est-ce que, sur tous les points du globe, on ne cherche pas aujourd'hui à sauver les débris de tous les patrimoines collectifs pour en reconstituer de nouveaux ? Est-ce qu'en Algérie les esprits colonisateurs les plus prévoyants ne réclament pas le maintien de propriétés rurales, les terres .-irch, qui soient mises à l'abri des funestes conséquences de la propriété indi\'idue;lle? Est-ce que dans les hautes régions alpestres on n'est pas obligé de réparer partout les ravages de l'individualisme en expropriant les propriétés priv'ées pour les transformer en propriétés publiques placées sous la haute surveillance de l'Etat? Il y a en Europe des survivances tenaces de collectivisme agraire : les Township en Ecosse, les Baile dans le pays de Galles, les A llmends en Suisse et en Allemagne, les Zadrouga en Serbie, les Voupchina en Bulgarie, les Jlirs en Russie, les biens Jlliri, l'okouf et Jlevat en Turquie, les Haus-communionen en Autriche, Dans les pays plus imprégnés de l'influence des hellènes et des brigands romains, le grand mouvement individualiste n'a laissé que de trop rares nstiges de socialisme agraire. Avant la Révolution Française, beaucoup d'institutions charitables venaient un peu rectifier

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