La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

t LA REVUE SOCIALISTE Le Syndicat des journalistes socialistes estime qu'en présence de cette coalition, les socialistes doivent plus que jamais serrer leurs rangs; Q!.1'à la déclaration de guerre de la réaction, ils doivent répondre par un redoublement d'efforts; enfin, qu'à la propagande par le fait du gouvernement, ils doivent opposer plus que jamais la propagande par l'idée. 2° Nous applaudissons à la vibrante plaidoirie de notre toujours éloquent ami René Viviani, dont ci-dessous quelques passages : L'article poursuivi? Personne, parmi ceux qui ont la charge de mettre en mouvement l'action publique, ne l'avait même remarqué. li a fallu, pour qu'on lui attribuât un caractère délictueux, qu'une délibération du conseil des ministres 1u i découvrit ce caractère ! En réalité, il n'y a, dans l'entrefilet, aucune provocation, aucune inten. tion de provocation directe ou indirecte. Qt,i'a fait !'écrivain ? Sous une forme violente il a exprimé une opinion à laquelle je m'associe. li a discuté la légitimité philosophique du droit de gr:ke. - li a regretté, en tous cas, de le voir placé entre les mains d'un seul homme que les circons.tances peuvent mettre entre son devoir et son intérêt. lt aurait pu rappeler que la Convention nationale avait supprimé le droit de grâce. li aurait pu rappeler que celui qui se leva au milieu de la Convention pour demander cette suppression, c'est Carnot, le grand Carnot, celui qui a organisé la victoire. (Rires.) De sorte que, pour avoir fait l'éloge indirect et implicite du grand-père, on est poursuivi pour excitation au meurtre sur la personne du petit-fils. (Nouveaux rires.) On a appelé M. Carnot assassin. C'est assurément désagréable. Mais, Messieurs, en ces temps de polémiques meurtrières, vous savez ce que valent les mots et qu'on appelle assassin le contradicteur qui ne pense pas comme vous. (Rires). Je me souviens qu'au lendemain de l'élection présidentielle, les journaux de la réaction rappelèrent que M. Carnot était le petit-fils d'un assassin légendaire, régicide, meurtrier - et, en effet, celui-là s'est permis quelques excitations au meurtre suivies d'effet. (Rires). On n'a jamais poursuivi les journaux de la réaction pour avoir appelé assassin par hérédité le président actuel. Aujourd'hui on ne pourrait plus poursuivre, - et pour cause, - c'est que M. Casimir-Périer montrerait en le faisant trop d'ingratitude politique, vis-àvis de ses nouveaux alliés. (Rires). L'article de Breton a été écrit à la hâte, au milieu de l'agitation des polémiques provoquées par le cas de Vaillant, par un jeune homme enthousiaste et généreux, à ce point que, né dans une famille fortunée, neveu du grand peintre Jules Breton, il a préféré la lutte en faveur des misérables aux succès faciles dans la société actuelle que lui assurait sa situation particulière. Peut-être l'expression est-elle allée un peu plus loin que la pensée. Ce serait tout, car, au fond, il n'y a dans l'entrefilet qu'une chose : l'assurance que l'auteur ne plaindra pas M. Carnot s'il lui arrive malheur. Or, n'est-on pas libre d'avoir ou de ne pas avoir de pitié pour quelqu'un, dans des circonstances données? S'il y avait une personne au nom de laquelle on ne devrait pas poursuivre le Parti Socialiste, c'est M. Carnot. A qui doit-il son élection? A Paris, debout

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