La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

230 LA REVUE SOCIALISTE semble ne pas se douter de ce que la Chine fait ou ce qu'elle peut faire. Elle se met à dos, de gaité de cœur, ce vaste empire. » Le Clarion de Manchester termine, dans ses derniers numéros, les mtéressantes « lettres de «Nunquam» à John Smith d'Oldham, ouvrier à la tête dure, féru de faits ». C'est un résumé populaire et humoristique de socialisme. En voici la fin : « John, je n'essaie pas de travailler sur tes sentiments. Ceci n'est pas de la réthorique: ce sont des faits à l'état brut. Tout le long de ces lettres, j'ai tenté d'être clair, pratique, modéré. Je n'ai même pas été jusqu'à t'ouvrir une fenêtre sur les plus hautes régions de la pensée. J'ai réprimé sévèrement en moi toute échappée d'idéalisme. Je me suis tenu aussi terre à terre que j'ai pu. J'ai parlé le langage de la simple conversation sur les choses courantes de Ia vie commune. Je dis en conséquence que le mal et la souffrance font un chemin de la croix de la vie pour le plus grand nombre de tes frères et de tes sœurs. Je dis que tu es avec tous les autres hommes, responsable pour ta part des choses qui sont. Je dis qu'il est de ton devoir de chercher le remède. Et je disque si tu le cherches, tu finiras par le trouver. La vue ordinaire de la rue ordinaire, John, est, en vérité, une chose terrible pour moi. Un homme d'un temp~rament nerveux, doué de pensée et d'imagination à la fois, ne peut s'empêcher de trouver cela terrible. Tout ce mal, toute cette misère, toute cette peine, en face et en dépit des campagnes riantes et des eaux souriantes, sous le ciel serein et implacable, quelle pitié! Et pas de remède! Ces choses, je les ai senties, et, comme homme, j'ai connu que j'en étais responsable. Dès lors j'ai tenté d'en trouver les causes et partant les remèdes. Cela m'a pris, John, quelques années. Mais je pense que je suis arrivé à comprendre aujourd'hui. J'ai besoin vraiment qne tu comprennes aussi et que tu m'aides à ton tour à enseigner aux autres la vérité. Bien souvent, en écrivant ces lettres, j'ai senti l'amertume et la révolte me monter aux lèvres. Q!.1elques paroles d'ironie, quelques invectives m'auraient soulagé. Je les ai soigneusement retenues, j'avais mieux à faire. Jetant maintenant un regard en arrière, je ne sens que ma propre faiblesse, ma folie, ma lâcheté. Je n'ai pas le cœur à blâmer ou à railler les autres. Charité, humilité, John; nous sommes tous de pauvres machines. Voici telle quelle cette<<Merrie England >>. Qu'elle produise quelque bon effet, tant mieux; sinon, tant mieux encore, j'en serai quitte pour recommencer. » PIERRE Boz

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