202 LA REVUE SOCIALISTE droit se poser la question si les auteurs de ces abominat!ons étaient en état de lucidité intellectuelle. Nous avons traité â fond la question des mauvais traitements militaires dans le rapport de l'année passée; nous nous bornons à répéter que cette hideuse excroissance du militarisme ne pourra disparaître que lorsqu'on aura remplacé l'obéissance abjecte d'à présent par la discipline des hommes libres dans l'armée. Le chiffre croissant des suicides dans l'armée - (il est remarquable que le plus grand nombre des suicides a lieu dans les premiers six mois, c'est-àdire dans les mois de recrue) - montre clairement quels tristes fruits porte un tel état de choses. D'après les constatations officielles, 1/ 5 pour cent des suicides seulement doit se rattacher aux mauvais traitements. Cela ne s'accorde pas avec le fait que parmi les suicides arrivés chez les simples soldats depuis 1875 à 1888 - (on n'a pas compté les sousofficiers) - la cause est restée inconnue dans 1159 cas I Il n'est donc pas douteux qu'une grande partie de ces 1 1 59 suicides a été occasionné par les mauvais traitements éprouvés. Le Reichstag a demandé plusieurs fois qu'on établisse la publicité dans la juridiction militaire et qu'on assure et garantisse Je droit de plainte aux soldats. Jusqu'ici le gouvernement de l'empire s'y est refusé. Et les partis régnant dans le Reichstag n'ont pas encore su trouver le courage de forcer, par des refus d'argent, l'établissement de ces réformes réclamées par l'humanité et la justice, et que l'état de civilisation ne permet plus de retarder. La discussion du budget des postes et télégraphes prit au cours de très longs débats le caractère d'une accusation contre cette administration qui dispose si arbitrairement de la liberté individuelle des fonctionnaires subalternes; qu'il en résulte en réalité un dommage sérieux pour les droits civiques des personnes occupées dans l'administration des postes. Outre les journées de travail d'une durée excessive et les mauvais salaires, les fonctionnaires inférieurs ont encore à supporter l'abus qui permet à leurs supérieurs de contrôler et d'influencer leur activité en dehors du service. La ,;uprématie sociale et autoritaire de ses supérieurs force le fonc- \ionnaire postal à des démarches et des actions soi-disant volontaires - qui ne s'accordent point avec sa libre conviction. Cet état de choses a déjà provoqué des plaintes aussi vives que légitimes et notre fraction en a fait l'objet de recherches et de discussions consciencieuses et énergiques, Les sommes que l'administration des postes, trop soucieuse d'augmenter ses recettes au détriment des dépenses justes et utiles, apporte au budget de l'empire, découlent en grande partie des salaires par trop modiques et d'une exploitation illégitime du travail des prolétaires de la poste. Les députés socialistes ont demandé qu'on augmente les salai res des employés inférieurs, on les a refusés plusieurs fois.
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