La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

174 LA REVUE SOCIALISTE Lorsque la société issue du privilège d'user et d'abuser de la propriété individuelle aura fait place à un état social basé sur le droit à l' exis • tence et sur le respect de la dignité de chaque individu, on aura sans doute quelque peine à comprendre comment l'humanité a pu si longtemps supporter la falsification systématique d'un élément essentiel de l'alimentation comme le jus de raisins frais, Si tous les travailleurs qui ont besoin de boissons réconfortantes pouvaient boire du vrai vin, il n'y aurait pas de surproduction vinicole. Cette surproduction se résoudrait vite en insuffisance, si seulement, d'accord avec les principes d'hygiène, le consommateu 1 buvait de l'esprit de vin toutes les fois qu'il absorbe de l'alcool. C'est une honte pour notre temps d'avoir laissé introduire dans la consommation quotidienne et générale l'usage de l'alcool fabriqué avec des pommes de terre, des grains. du bois, de la tourbe, ou des matières encore plus infectes. Les causeril'sscientifiques de ce mois de décembre donnent des explications effroyables sur la manière de distiller la tourbe et d'en extraire de l'alcool: << On ajoute à la tourbe 2,5 °/0 d'acide sulfurique à 30-35° Baumé. On chauffe vers 120 degrés et l'on passe au filtre-presse, puis on concentre la solution et on la sature par le lait de chaux. Finalement on fait fermenter, on distille, et voilà l'alcool. » 200 grammes de tourbe donnent ainsi 12, 5 centimètres cubes d'alcool absolu, d'où il résulte, d'après des calculs dans lesquels nous n'avons garde d'entrer, que 100 kilogrammes de tourbe sèche fourniront aux consommateurs de l'avenir autant d'alcool que 500 kilogrammes de pommes de terre. » Résultat encourageant s'il en fut! conclut le professeur allemand Matheüs avec un cynisme tout scientifique. Il ajoute que l'on peut employer pour cette opération l'acide sulfurique épuisé provenant, comme résidu, de divers traitements industriels. Si cette considération est encourageante, il faut convenir qu'elle est peu rassurante pour les consommateurs : elle ne contribuera pas à augmenter le peu de confiance, dont sont, à juste titre, honorés les alcools allemands. » Assurément, au point de vue chimique de l'alcool, c'est toujours <le_l'alcool. Mais, au point de vue de l'hygiène et de la santé publique, nous sommes désastreusement fixés sur les inconvénients que présentent les alcools de grains dont nos voisins, à la faveur des ravages commis par le phylloxera et le mildew, ont, pendant de longues années, plantureusement inondé le marché. Quelques traces de certains alcools secondaires et de certains éthers mélangés à l'alcool chimiquement normal suffisent à en faire un véritable poison, sur le compte duquel on met équitablement l'abaissement de la moralité générale et le développement alcoolique de l'imbécillité publique. II paraît peu

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==