La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA REVUE SOCIAUSTE richesse, quels que soient les moyens employés pour l'acquérir, assure la considération générale même à ceux qui la méritent le moins. La conscience d'un débitant de boissons est d'une élasticité qui se prête assez volontiers à toutes les combinaisons, pourvu que la caisse y trouve son compte le plus largement possible. Lorsque l'hectolitre des vins espagnols alcoolisé à 1 5 ° 9 a pu sortir, sans altération nouvelle, de l'entrepôt - ce qui n'est pas la règle, - la manipulation du petit détaillant commence : qm pourrait dire la quantité d'eau versée dans les demi-setiers servis sur le zinc des mastroquets, dans les fioles à cachets prétentieux des tables de restaurant, et dans les litres savamment alignés des étalages d'épicerie? Est-ce qu'il peut y a\'oir le moindre doute sur la qualité des marchandises que le commerce ose offrir sous l'étiquette menteuse de vins aux pauvres gens dont l'estomac est plein de complaisance et la poche toujours vide ou mal garnie ? Avec quels colorants et avec quelles matières parvient-on à fabriquer des boissons d'apparence vineuse qui puissent honnêtement être offertes au consommateur parisien, neuf, huit et même sept sous le litre? On évalue généralement à dix millions d'hectolitres la consommation du vin que le~ intermédiaires savent ingénieusement dégrever des taxes d'octroi, des tarifs douaniers, des frais de transport, et de tous les impôts du fisc. Est-ce que la viticulture pourrait être efficacement défendue contre une concurrence aussi déloyale? Qui donc peut croire sérieusement que l'on évitera le retour de ces pratiques par l'obligation légale imposée au commerce de vendre sous une autre dénomination que celle de vins, le produit vineux de la fabrication artificielle? L'esprit de concurrence entre les intermédiaires passera sans cesse à travers les mailles des lois répressives pour frauder le Trésor et pour tromper le consommateur. Les socialistes dont la droiture ne se laisse pas déprimer par des considérations industrielles ou des préjugés commerciaux, approuveront sans doute toutes les mesures réclamées par la viticulture méridionale pour empêcher le mouillage et toutes les autres sophistications dandestines du vin naturel. Mais rien n'arrêtera les progrès de la chimie qui prétend déj:i pouvoir fabriquer du vin artificiel absolument semblable au vin de raisin frais. Le socialisme doit transformer le travail salarié par le travail associé des syndicats, des communes ou des nations; il amènera la disparition graduelle des intermédiaires qui vivent et qui prospèrent au détriment du producteur et du consommateur.

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