LA MÉVENTE DU VIN 1 j 1 marchandise, que le négociant réalise en accordant ses préférences au vin espagnol. Si l'hectolitre de vin étranger est dédoublé, les droits de douane et d'octroi ainsi que les frais de transport, s'élevant ensemble à 38 fr. 6j, doivent alors se comparer aux taxes acquittées par deux hectolitres expédiés de Béziers, de Nimes ou de Narbonne à P::lris. Tous les débours étant à peu près les mêmes, les vins du midi à 8 degrés doivent payer par hectolitre consommé à Paris : Taxe d'octroi.......... . . . . . . . . . . . 18 fr. 87 Frais des transports de la futaille y compris le retour à vide.. . . . . . . . . . . 5. Total............. 23.Sj Le vin d'Espagne titrant 15° 9 d'alcool et dédoublé d'eau n'acquitte en fait que la moitié de 38 fr. 6j, par hectolitre de boisson livrée au consommateur, c'est à dire 19 fr. 35, ce qui établit un -gain de 23 fr. 8j - 19 fr. 35 = 4 fr. 52 pour le commerce ayant su préférer les vins naturels du Midi de ï à 8 degrés, au vin expédié d'Espagne et viné avec l'alcool allemand. Dans ces conditions, le commerce de Bercy est bien excusable de vouloir toucher la prime qui lui est offerte par le change et par l'octroi, avant de s'occuper patriotiquement de la détresse des viticulteurs du Midi. Les considérations patriotiques n'ont jamais eu rien de commun avec les calculs individualistes de la spéculation commerciale ( 1). Les chiffres qui viennent d'être reproduits ne représentent qu'un minimum de bénéfice mathématiquement rigoureux et commercialement honnête du dédoublement des vins alcoolisés qui s'opère après introduction dans l'enceinte de l'octroi des grands centres de consommation. Les bénéfices commerciaux ne sont limités que par la conscience et l'intérêt particulier de chaque commerçant, dans les sociétés où la (il La Clwmb1·e syndicale cln commerce er, gros des vins et, spiritneux de Paris a fait connaitre récemment son avis, en réponse aux vœux des populations viticoles du midi de la France. Les négociants de Bercy estiment que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes économiques et qu'il n'y a rien à faire, rien à changer. Les négociants de Bercy prétendent que pour conserver la grande masse des vins français à faible degré, l'appoint des vins étrangers (fortement alcoolisés bien entendu) est indispensable. Les négociants de Bercy réclament la sauvegarde des trafics loyaux et honnêtes qui ont fait perdre aux consommateurs parisiens le goût du vin véritable, du vin simplement produit par la fermentation routinière des raisins frais. Les négociants de Bercy affirment que la differcnce des changes n•a pas d'effet appréciable sur Je prix des vins espagnols en concurrence avec les vins français. Il serait oiseux de contredire l'opinion de cette puissante <, Chambre syndicale»; il suffit de remarqûer que les protestations et les raisonnements captieux des gros négociants de Bercy indiquent combien leurs intérêts personnels se trouvent opposes à céux de la production vinicole nationale.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==