La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA GREVE DES MINEURS 159 les condamnant au contrôle déshonorant des ouvriers, leurs esclaves? La question était aisée à résoudre pourtant. Millerand, dans son lumineux discours, à la Chambre, l'a traitée avec une netteté, une précision qui ne laissent place à aucune argutie. Voici sa démonstration, elle vaut d'être reproduite ; Je ne dis pas que la prétention des ouvriers ne soit discutable. Mais enfin, il y a pourtant une chose qui saute aux yeux. Si deux personnes quelconques, dans l'espèce, les compagnies et les ouvriers passent entre elles un contrat, il faut bien que ces deux parties aient un moyen de vérifier l'exécution par l'autre des engagements qu'elle a pris. Les compagnies ont leurs porions, leurs ingénieurs pour vérifier si les ouvriers fournissent le travail qu'ils se sont engagés à donner. Mais les ouvriers, quel sera leur moyen de con trole? ... En 1891 -intervient, à Arras, entre les compagnies et leurs ouvriers une convention stipulant qu'une moyenne générale des salaires sera respectée par les compagnies. Ql1e disent les ouvriers? - Les compagnies n'ont pas respecté cette convention. Ils ont peut-être tort de le dire, mais ils n'ont pas tort d'ajouter : « Si les compagnies l'ont respectée, nous demandons qu'on nous en apporte la preuve. Nous avons des raisons sérieuses de croire que les compagnies ne fournissent pas la moyenne générale des salaires qu'elles s'étaient engagées à payer. Ql1'elles nous prouvent qu'elles tiennent leur parole, qu'elles sont fidèles à leurs engagements! » M. le ministre des travaux publics entend bien qu<! la réponse des compagnies n'est pas sérieuse quand elles disent : chaque ouvrier a un double de sa fiche. (Le fait est d'ailleurs absolument erroné). Pardon! entre les compagnies et les ouvriers, il n'est pas intervenu cette convention qui aurait peut-être mieux valu : une moyenne personnelle des salaires sera établie par catégorie. Pas du tout. La moyenne des salaires est fixée soit par compagnie soit même pour toutes les compagnies représentées au conseil ..d'arbitrage d"Arras. D'ans l'une et l'autre hypothèse, pour que les ouvriers puissent vérifier si l'engageme>1t qu'on a pris envers eux a été tenu, il ne suffit pas que chacun d'eux ait sa fiche : il faut qu'ils désignent un ~eprésentant, que le représentant qu'ils auront désigné ait entre les mains toute~ les fiches des ouvriers employés par les compagnies. C'est alors seulement que ce représentant pourra faire l'addition, établir la moyenne et vérifier si les compagnies sont fidèles à leur engagement. C'est, je crois absolument net et clair. Le représentant dont parle Millerand devait-il être le syndicat ? Nous n'hésitons pas à répondre : oui. En effet les engagements contractés, en 1891, par les représentants des compagnies, l'ont été vis à vis de délégués du syndicat. Le syndicat a donc qualité pour exiger des Compagnies la preuve que ces engagements sont respectés·. Il n'y a pas a ergoter là-dessus. En acceptant de traiter, à Arras, il y a deux ans. avec les délégués du syndicat, les compagnies ont reconnu à l'Association syndicale le droit de se substituer à la totalité des ou-

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