LA REVUE SOCIALISTE CAPITALISATION L'autre fonction essentielle que l'on assigne à la classe capitaliste, c'est l'accumulation, par l'épargne, des capitaux nécessaires à la production. De cette initiative laissée aux particuliers, résultent deux conséquences, contradictoires. mais également nuisibles à la communauté: chez ceux qui épargnent, l'avarice de la fourmi, chez ceux qui n'épargnent pas, la prodigalité de la cigale. La capitalisation livrée à ellemême, c'est l'égoïsme, l'instinct propriétaire, la sécheresse de cœur chez les uns ; Je gaspillage, l'insouciance, les folles et inutiles dépenses chez les autres. Mais dira-t-on sans doute, comment ferez-vous pour remplacer l'épargne individuelle? Ce que l'on fait déjà dans les sociétés coopératives ou dans les services publics : la Société ou l'Etat prélève sur les bénéfices de l'exploitation, C! qui est nécessaire au développement de l'outillage et à la marche del' entreprise. Au lieu de l'épargne individuelle, nous aurons J'épargne collective. L'élite de la classe ouvrière, dès à présent, au lieu de porter son argent à la caisse d'épargne, constitue le patrimoine collectif des syndicats, des coopératives, des sociétés de secours mutuels. Au lieu d'être propriétaire d'un livret de cent francs, le socialiste affilié à la Maison du Peuple, devient co-propriétaire d'une grande boulangerie, d'un magasin de charbon, d'une épicerie, d'un capital de plusieurs centaines de mille frar.cs. Le côté égoïste de l'épargne disparaît ; ses avantages se multiplient à l'infini. Et, ce qui marque mieux encore la possibilité et l'extension croissante de la capitalisation collective, c'est l'agrandissement continu du patrimoine collectif, du domaine public, depuis un demi siècle. Il existe dès à présent. dans tous les pays, un certain nombre d'industries, où l'accumulation des capitaux n'est pas l'œuvre des particuliers, mais bien celui de l'Etat ou des Communes. C'est le cas, par exemple. pour l'industrie des chemins de fer, les postes, les télégraphes, les téléphones, la fabrication de la monnaie, Je service des eaux et du gaz dans certaines villes. Pourquoi n'en serait--il pas de même, pour les charbonnages, comme en Prusse ; l'industrie du tabac, comme en France ; la fabrication de l'alcool, comme en Suisse? Ce n'est pas là du collectivisme, dira-t-on. Sans doute, car ces industries son! des dépendances de l'Etat, et ne jouissent d'aucune
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