La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

REVUE DE LA PRESSE ÉTRANGÈRE 127 clusion qu'il importe d'affirmer est : La théorie de Malhus n'est qu'une farce inventée par le capitalisme. Elle a pour but de mettre sur le dos du bon Dieu les propres péchés de la classe bourgeoise. Les magasins d'appro,•;sionnement regorgent; le peuple meurt de faim, où en est la faute? Dans l'alcove du pauvre. Telle est la théorie. Elle est d'abord inhumaine, ensuite absurde. Même la science officielle la renie.,, Qu'on n'en parle plus. Sous ce titre "Une subtile question de tactique" la frilirn So- /'Ïalc donne une explication très plausible des résolutions prises par le Congrès socialiste de Reggio Emilia, dont il a été question dans un de nos derniers numéros. Un des paragraphes de ces résolutions poïtait : que le parti socialiste ne pouvait mettre aucune confiance dans les propositions soi-disant socialistes de la classe actuellement au pouvoir - que néanmoins. il devait soutenir, même dans le Parlement, au moyen de ses propres députés, et comme moyen de propagande, les propositions nettement socialistes votées par le Congrès, par exemple : l'abolition des impots indirects, les huit heure~, la protection du travail des femmes et des enfants, la parité de salaire des hommes et des femmes pour le même travail, en un mot toutes les mesures qui peuvent faciliter l'organisation du prolétariat. On accuse à ce sujet le congrès de contradiction. Il y en a une en effet, mais apparente seulement. ,< Comment, dit-on, vous n'avez aucune confiance en principe en tout ce qui peut sortir d'une chambre bourgeoise en faveur de la classe travailleuse, et pourtant, vous nommez des représentants à cette chambre, mais vous leur donnez mandat de proposer et de soutenir des lois "· Lasol ution de cette contradiction est facile. La question présente en effet deux faces, d'où deux réponses différentes et même opposées. Les concessions forcées que peut faire la classe dirigeante, dans son intérêt sans doute, car comment les ferait-elle autrement? mais surtout sous la pression de la classe travailleuse organisee sont à la fois utiles et nuisibles - utiles, parce que mieux vaut quelque chose que rien du tout, c'est autant de gagné, c'est un moment de répit pour qui travaille, un tremplin pour qui lutte - nuisibles, parce que les concessions sont toujours machinées de telle sorte qu'elles promettent beaucoup plus qu'elles ne donne~t, et qu'elles s'évanouissent à l'user.' D'où la nécessité d'une grande prudence et d'une remarquable circonspection du côté du parti socialiste. Il ne faut pas de ces illusions d'abord, ensuite de ces désillusions funestes qui pourraient jeter le discrédit sur le parti ouvrier. D'où •encore la parfaite logique de la maxime posée au congrès de Reggio Emilia : les élus du peuple doivent proposer des lois, proposer des amendements; mais ils ne sont nullement tenus de voter les lois telles quelles, car elles_risquent presque toujours d'être fallacieuses et insuffisantes. La Criticet Sociale annonce que cette question sera traitée à fond dans une série d'artcles du professeur Eltore Ciceotti. P. Bo-.

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