La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LE CONGRÈS COOPÉRATIF DE GRENOBLE III Au lieu de se concurrencer avec férocité, comme le font les commerçants actuels, ils pratiquent entre eux la solidarité la plus fraternelle, non seulement de sociétaire à sociétaire, de société à société, de syndicat à syndicat, mais encore de peuple à peuple. La coopération est dans l'ordre économique cc que la république fédérale est dans l'ordre politique. Elle juge aussi facile de se passer de commerçants que de souverains, et. les- premiers des ihtermédiaires qu'elle proscrit comme inutiles sont les gabelous. De là là touchante fraternité avec laquelle, à Grenoble, furent accueillis les délégués anglais et belges, plus attentivement écoutés encore que les déiégués français. Narguant les préjugés d'un autre âge, devançant l'irrésistible évolution qui fera, dans un avenir qu'ils espèrent prochain, triompher le Droit de la Force, les coopérateurs ne reconnaissent ni l'utilité des octrois, ni celle mème des frontières. Certes, au cas échéant, ils jéfendraient la patrie comme ïa plus grande collectivité actuelle, mais au-dessus de la patrie, ils placent cette chimère d'aujourd'hui, sublime vérité de demain : l'Humanité. En résumé, les coopérateurs veulent, non la révolution dans un temps indéterminé, mais l'évolution immédiatement commencée et poursuivie sans arrêt. Ils ont le collectivisme non pour moyen, mais pour but. Ce sont des socialistes libéraux et non des socialistes de gouvernement. Leur vrai nom serait solidm·istes, car ils attendent tout d'eux-mêmes et rien d'un deus e,r machina quelconque, qu'on l'appelle le ciel, le monarque, le César, l'Etat ou la Commune. Ainsi que nous l'écrivions dans la Petite République du 3 novembre 1893 : « Comme le disait notre regretté Benoît Malon, les coopérateurs marchent côte à côte avec les socialistes de vieille roche ; ils exercent une action connexe. Loin d'être des ennemis. comme d'aucuns l'on dit, les socialistes et les coopérateurs doivent donc êtré des alliés ». « Anseele l'a bien compris depuis longtemps avec son roontit >► Nous souhaitons de grand cœur, que Benoit Malon et Anseele fassent école et que socialistes et solidaristes, au lieu de perdre leur temps en querelles byzantines, marchent désormais résol(1ment la main dans la main; dans la voie féconde de l'anéantissement des exploiteurs et de l'affranchissement définitif des exploités ! HENRY VAUDÉMONT.

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