La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LE CONGRÈS COOPÉRATIF DE GRENOBLE tout autre objectif que de concurrencer l'épicier du coin. Pas une occasion l'le fut perdue de proclamer bien haut la profonde transformation sociale que poursuivent les coopérateurs, et pas une fois on n'entendit s'élever aucune voix pour protester contre les déclarations faites, accueillies, au contraire, par d'unanimes et vigoureux applaudissements. Or, ces déclarations, les voici en substance, résumées telles qu'elles l'ont été par des paroles éloquentes, à la fin du banquet qui termina le Congrès: « L'indéniable malaise dont souffre la société actuelle résulte de ce que les hommes, fictivement égaux, sont en réalité divisés en exploiteurs et en exploités. Les explo,teurs sont capitalistes et intermédiaires, les exploités, producteurs salariés et consommateurs. « Laissons de côté la question de répartition inéquitable des charges, qui portent sur les besoins au lieu d'être proportionnées aux moyens. C'est une iniquité sociale, qu'il appartient à la politique de résoudre. C'est la seule chance qu'ait celle-ci de démontrer l'utilité que d'aucun lui attribuent. Son impuissance en cette matière n'est pas encore suffisamment prouvée : l'idée de la Réforme générale de l'impôt fait lentement son chemin, péniblement remorquée par des hommes de talent et de bonne volonté; à ceux-ci faisons donc crédit; attendons qu'ils aient pu expérimenter l'œuvre qu'ils préconisent. avant de porter sur elle et sur eux, un jugement définitif prématuré. « Mais si cette question politique doit étre réservée pour les seules périodes électorales où les exploités sont réellement souverains, par leur bulletin de vote, au même titre que les exploiteurs, et où déserter le combat serait une faute et un crime, en revanche, la question économique prête à une lutte de tous les instants, sans trève, sans merci, et qui ne se terminera que par l'extinction totale de l'un des deux partis, vraisemblablement du moins nombreux, de celui des exploiteurs. « Les exploiteurs ont deux manières d'atteindre les exploités : 1 ° ils ne paient pas aux exploités l'intégralité de ce que ceux-ci produisent; 2° ils vendent trop cher aux exploités ce que ceux-ci consomment. « La première oppression est de beaucoup la plus grave. Mais, appuyée qu'elle est' par le Capital, par les savants rouages d'une administration séculaire, qui dispose à la fois du Clergé pour prêcher la soumission, de la Magistrature pour prononcer la condamnation, de l'Armée pour procéder à la répression, elle ne laisse• aux malheureux qui en sont victimes, d'autres recours immédiats que la Grève et l'insurrection. Or, les deux n'ont réussi que dans des circonstances rares et exceptionnélles. Libre à d'autres de toujours songer à profiter de ces circonstances; nous désirons utiliser notre temps d'une façon plus normale. J •

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