La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

100 LA REVUE SOGJALISTE sociale ; il ne s'agit point, comme on cherchera certainement à le faire croire, d'un réquisitoire haineux contre les défenseurs de la « Patrie ou de l'ordre social. » L'auteur a soin, comme nous l'avons vu, d'innocentei· ses «criminels» qu'il déclare irresponsables. Toutefois nous pensons qu'il aurait pu nous faire un tableau plus complet de lamentalité spéciale du professionnel militaire; nous aurions suivi avec intérêt dans son intérieur, au milieu de ses enfants, le brave officier qui s'imagine volontiers imposer la discipline et tout faire marcher au commandement. C'est au point que certains observateurs prétend,nt qu'ils peuvent reconnaitre la famille d'un officier au milieu d'une foule. Il est certains que les « intérieurs » d'officiers, jeunes ou vieux, ont quelque chose de particulier, mais il faut avoir vécu avec de vieux braves pour savoir à quel point peut aller cette habitude de la vie automatique propre au noble métier des armes ; il faut avoir pu causer souvent avec ces brillants cavaliers qui font l'ornement des salons pour apprendre à quel degré de vacuité peut atteindre le cerveau humain. Enfin, nous aurions aimé à suivre l'auteur dans une opposition intéressante entre le marin et le terrien; le premier, toujours enfant et naïf avec son épouse, le second, presque toujours Don Juan ; entre le fantassin et le cavalier, entre l'officier de rang et l'aristocrate, entre le Saint-Cyrien, l'homme de sport et le polytechnicien, l'homme de génie, l'X. Enfin nous aurions aimé à voir signaler la genèse et les innombrables puissances de l'esprit de corps, de la solidarité, à l'envers social de nos polytechniciens qui se soucient beaucoup plus de faire grand, de faire « savant » que de faire utile, que de faire pratique ; qui en un mot, ne veulent pas plus permettre à l'armée de vaincre ou de mourir sans leur visa que les médecins de Molière ne voulaient admettre que leurs clients pussent guérir ou mourir sans la permission de la faculté. Dr Julien PIOGËR.

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