La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

88 LA REVUE SOCIALISTE fer français ne sauront aucun gré à M. Mange de l'article qu'il vient de consacrer à la question de l'exploitation des voies ferrées par l'Etat dans le dernier numéro de la Rt>v11edt>sDeux Moudes, non que notre confrère ait voulu être désagréable aux Compagnies. Loin de là: son étude portant pour titre: L'Exploitation des Chemins de fer de la France depuis leur racbat pa, l'Etat, a précisément pour but de démont.1er que l'exploitation des Compagnies privées est préférable à celles de l'Etat. Seulement, les faits invoqués, quelques laborieuses que M. Mange ait essayé d'en tirer, ne pouvaient suffisamment étayer sa démonstration et le lecteur, après avoir lu l'article, n'éprouve qu'un regret: c'est que les chemins de fer ne se trouvent pas dans une situation analogue à celle des chemins de fer prussiens. M. Mange reproche, il est vrai, au gouvernement de Berlin de ne pas avoir réalisé les promesses faites à la Chambre des députés, pour décider cette dernière à voter le rachat. Ces promesses consistaient surtout en une diminution et simplification des tarifs existants, et dans l'engagement de consacrer à l'amortissement du capital des voies rachetées une partie importante des excédents des recettes nettes. Les tarifs n'ont pas été améliorés, nous dit-il. Mais l'ont-ils été en France? Pas davantage, que je sache, et si le rédacteur de la Revue des Deux Mondes a pu signaler les nombreux inconvénients résultant des tarifs spéciaux, que dire de la forêt des tarifs français, contre lesquels je défie M. Mange lui-même de se reconnaitre? Il est encore exact que le gouvernement prussien a fait servir à boucher les trous de son budget les magnifiques revenus que lui rapportaient ses voies ferrées. Il a suffisamment assuré les réserves, etc. Nous passerions condamnation volontiers sur ces divers points, si en France les Compagnies privées nous permettaient d'obtenir les résultats acquis grâce à l'exploitation des chemins de fer prussiens par l'Etat. La garantie d'intérèt depuis 1892 a absorbé chez nous des centaines de millions dont le total se chiffrera bientôt par milliards. Pendant ce temps, en Prusse, l'administration des chemins de fer << déversait annuellement dans le budget général, nous dit M. Mange, des sommes variant de 30 à 1 50 millions par an>', tous frais d'amor11ssement payé. Depuis 1882, c'est environ 800 millions dont le budget prussien a ainsi bénéficié. Sans doute, l'éventualité de cette source de bénéfices a pu entrainer l'Etat prussien à grossir son budget des dépenses; mais en France, le budget ~•est aussi accru annuellement, sans que nos hommes d'Etat y fussent incités par la prévision des excédents de recettes de nos voies ferrées. Au contraire : tous les ans, il a fallu vider nos bourses dans le tonneau des Compagnies, et ce n'est pas fini: Il y a quinze jours, M. Leroy-Beaulieu annonçait, dans l' Economiste français, que le minimum de garantie ne tarderait pas à dépasser 200 millions par an,

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