La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA SITUATION EN HOLLANDE 75 « Il a travaillé incesssamment pendant 67 années comme tanneur, c'est-à-dire pendant 42 années chez le père et pendant 25 années chez le fils. Il a gagné depuis son mariage jusqu'à l'àge d 56 ans, en été et en hiver, 3 florins (six fqncs) par semaine, auquel s'ajoutaient fl. 30 (soixante francs) par an comme pourboire. Il avait une maisonnette et un petit jardin .. En 1887, il tomba malade et ne put dès lors travailler la tannerie. Depuis ce temps, il demeure encore dans la maisonnette, quoique souvent menancé d'être mis dehors : voilà tout ce que le patron fait pour lui. Il reçoit de l'assii;tance publique fl. 1 25 (deux 1/2 francs) par semaine. Aucun de ses enfants ne peut l'assister. Sa femme est morte et, complètement seul, il passe sa vieillesse dans le triste abandon de cette maisonnette. Le patron est un des plus riches citoyens de la commune ; ses filles fréquentent les stations balnéaires de l'Allemagne chaque fois que leur santé le réclame. Il est administrateur de la caisse d'épargne et souvent il fonctionne dans l'église. Ce monsieur a gagné beaucoup'>. C'est tout un roman, n'est-ce pas? Et cependant ce n'est pas une exception, c'est 111we11e111111/tis. Pour les laboureurs le salaire annuel varie entre 180 et 290 florins (trois cent soixante et cinq centq uatre-vingts francs); pour les manœuvres 230 et 350 florins (quatre cent soixante et sept cents francs); pour l~s femmes 30 et 75 florins (soixante et cent cinquante francs) et pour les enfants 20 et 40 florins (quarante et quatre-vingts francs). Même, nous le savons par expérience, les salaires sont encore beaucoup moins élevés dans certaines parties du pays. Il y a des villages ou ils descendent à des chiffres inimaginables. En certains endroits il atteint à peine 100 florins (deux cents francs) par an; nous connaissons une contrée où 80 florins (cent soixante francs), même 50 florins (cent francs) constituent les salaires de toute l'année. La misère y est la compagne fidèle d'une population sobre et industrieuse. La Société Nouvelle de février 1893 a publié un article de moi: Les Troubles en Hollande, dan~ lequel on trouve les mêmes chiffres. C'est une répétition, mais il ne peut en être autrep-1ent, car il est impossible de changer les chiffres·. Dans la province de Frise, qui a une population de 300.000 personnes, 1,284 personnes ont émigré l'an passé pour l'Amérique, obligées d'aller demander à un autre pays ce que leur patrie(!) leur refuse. En Gronins-ue la situation est un peu meilleure. Dans une brochure on raconte que les laboureurs commencent l'été à 3 heures du matin. l'hiver à 4 heures. Les hommes demeurent dans la ferme et non dans leur famille. Ils gagnent 1 50 florins (trois cents francs) par

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