REVUE DE5 LIVRES 755 Le lecteur a sous les yeux les p.ièces du procès, les éléments es_sentiels d'appréciation, c'est à lui de choisir. - Le lecteur n'emporte pas une opinion toute faite, oreiller commode pour la paresse, mais au contraire il sort de sa lecture l'esprit éveillé, inquiet, tendu vers la libre recherche et vers la libre réflexion. Les réponses de catéchisme ont fait leur temps : La science ne s'accommode point des solutions imposées; elle n'a point de respect pour l'esprit d'autorité. On pourrait vraiment écrire en tête : Cecyest une œuvl'e de bonne foy. C'est probablement pour cela que certaine école a désigné M. Gide et son ouvrage comme également dangereux l'un et l'autre. Ce qui est aussi remarq\table, c'est la lucidité du style, la clarté de l'exposition, la brièveté des développements. Pas de longs chapitres ennuyeux ou déclamatoires. On a défini l'économie politique: une littérature ennuyeuse. M. Gide n'est pas ennuyeux et enc~re moins littérateur dans le mauvais sens du mot : il se garde de la phrase, de la rhéthorique, il ne tattine pas. Une simplicité de bon aloi le distingue avantageusement de tant d'autres. Les questions morales ne lui sont pas étrangères : A côté de la science pure qui décrit les phénomènes et les classes, il y a conformément aux doctrines si remarquables des socialistes de la chaire d' Allemagne, l'art social c'est-à-dire à côté de la constatation du fait, l'appréciation de ce fait au point de vue moral et la recherche des moyens propres à corriger la digne réalité dans ce qu'elle à de contraire à nos conceptions de justice et d'équité. Voilà une idée que chérissait notre maitre Malon: L'éeonomie ne doit pas être une inutile histoire naturelle. C'est en connaissant ses lois que nous parviendrons à en corriger les effets si souvent désastreux ou révoltants. Le paratonnerre est une application des lois même de l'électricité. C'est en obéissant à la nature qu'on la vainc. Natura parendo 'Cincitii,· (Bacon). Mettonsnous donc à l'école d~ la réalité souvent cruelle ; mais à côté de la pure et simple constatation, faisons une part à l'al't social qui nous -donnera des indications nécessaires à la correction du mal. L'homme en se développant et en se civilisant prend conscience de ·1avie sociale et rêve d'y appliquer les principes rationnels que son esprit conçoit et les règles de morale qui naissent de ses tendances altruistes ou solidaristes. A la vie purement iustinctive des sociétés primitives succèdera la domination de ce qui est rationnel, logique, moral; car maitre de la nature physique, l'homme sera fatalement porté à dominer de même et à transformer à son profit les phénomènes sociologiques. 11nous est impossible, on le comprendra, d'entrer dans l'analyse détaillée d'un volume de 630 pages, qui touche à tant d'importantes questions, et qui, du reste, est déjà bien connu du public instruit. Néanmoins, nous devons déclarer qu'à notre avis, les discussions rela-
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