La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LE PROLÉTARIAT AGRICOLE hommes que dirige la loi de leur seul intérêt. Tenus et garottés de toutes parts, ils emboîteront le pas sans regimber, sous le fouet qui fustigera leurs reins. Quant à ce qu'ils pourront éprouver dans ces profondeurs de leurs ventres où leurs âmes sont enfouies, c'est un détail fort accessoire. Sous les coups répétés de mesures énergiques justes autant qu'intelligentes ainsi que nous l'avons conseillé, portant sur les grosses têtes; mâtés alors, sentant, ce qu'ils magnifient avec tant de complaisance. la main de fer de l'autorité peser sur les épaules des riches, ils se montreront souples. Ceux à qui la Révolution se contentera de couper le cou de la bourse se tiendront satisfaits d'en être quittes pour leurs écus. Quant au prolétariat rural, on aura fait à son égard la seule espèce de propagande qui puisse réussir avec lui, celle qui consiste en actes. Nos démocrates me font rire quand je les entends parler de répandre dai\s les campagnes la manne de l'Evangile nouveau, si les commissions de colportage veulent bien le permettre; des catéchismes républicains donnant le compendium des droits de l'homme, réédités et mitigés, et résumant les devoirs du parfait citoyen ... Viédazes ! dirait Panurge: pour endoctriner les campagnes, au train dont va la propagande, il vous faudrait dix siècles! Comme si le paysan lisait quelque chose! Comme si, ô avocats que vous êtes, tout ce qui s'appelle doctrine, enseignement et discours, verbe écrit ou parlé ne glissait pas sur la compacte enveloppe de sa cervelle ainsi que l'eau sur la toile cirée ! Le paysan ne connait, en fait de livres, que l'almanach pour les foires et marchés, les mercuriales de la vente des denrées, dont il commence à s'informer, ayant fait de grands progrès, peut-être tout au plus quelques bouquins graveleux. Quant à vos imprimés, il en enveloppe son tabac. Vos homélies sociales elle-mêmes, supposé qu'il vous fLît loisible de le convoquer à les entendre, seraient pour lui ce qu'est le sermon du curé ou le son des cloches. Donnez-lui donc une bonne fois, descendant de vos utopies sur son plancher des vaches, des gages solides au lieu de paroles volantes, des arrhes de votre Terre Promise, ce que vous n'avez pas encore fait - diminuez tqut d'abord, vou's étant emparés de la force, les charges qu'il supporte, et vous verrez le çampagnard, en dépit de ses préjugés, passer à la Révolution. Alors même qu'elle se permettrait tous les écarts possibles de sagesse ou de folie, profanations, dévastations, scandales, horreurs diverses dont naturellement s'accompagnent les émotions démagogiques, abattant les colonnes Vendome, .::hangeant en écuries les églises expiatoires, comblant les grottes miraculeuses, jetant au feu les Notre-Dame de Chartres même, abomination de la désolation; dévalisant la Banque et brûlant les Grands Livres, le paysan, vous pouvez le croire, n'en sera que médiocrement touché. Il penséra en lui-même que ce régime de mécréants, qui ne ressemble à

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==