La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

,, 68 LA REVUE SOCIALISTE p6t ou de l'emprunt progressifs, qui, moyennant cette précaution coer- ..:itive, sont susceptibles de devenir, en de certaines conjonctures données, une assez bonne mesure de révolution. Disons enfin qu'avec cette autre précaution de limiter au temps 1 de la crise économique la réduction des fermages, on intéresse non seulement les prolétaires ruraux, mais aussi les propriétaires, - c'est le dernier mot de la solution, de telle sorte que ses derniers se verront empêchés d'agir, comme autrement ils ne s'en feraient pas faute, en opposition au mouvement révolutionnaire. Car on sait que leur jeu habituel ~iuand une révolution survient et qu'ils se voient dans l'impuissance de la comprimer dès le début, consiste alors à travailler occultement pour mettre au pire la situation : ils sèment sous main de faux bruits; ils entretiennent l'inquiétude; s'opposent de parti pris au rétablissement des affaires: font systématiquement obstacle à la reprise du travail; éternisent le chornage; accaparent les denrées; les cachent ou les exportent; produisent des hausses factices; font régner la cherté. Ainsi, par un calcul qu·on ne saurait qualifier que d'infâme, un pacte tacite de famine. l'aristocratie des hommes riches met en œuvre tous les moyens qui pousseront à l'extrême détresse du 1 peuple, afin que, réduit au désespoir, anémié par les privations, épuisé de souffrance, hébété, il revienne tendrè encore une fois son cou et ses épaules à ce même collier de mis~re, encore appesanti: dont le lendemain comme la veille ils se r~servent de l'accabler. Telle est la tactique invariable qu'ils reprennent à la suite de chaque révolution. Le capital réduit le travail par le blocus. Des miliers d_e \·ies humaines y passent, mais qu'importe au Moloch bourgeois pourvu que ses appdit:s troublés recouvrent leur sécurité? Si jamais la candiie justice, st.111s, i11 alhis, armée de la balance du talion, pouvait, ne fùt-ce que vingt-quatre heures, résider sur la terre, le sang de ces mang=urs d'hommes, gorgerait les égouts, et leurs cadavres mutilés endigueraient les fleuves. Pour en revè:1ir au positif, comme il est ridicule autant que de s'indigner <le dèmander à nos enrichis le moindre esprit de justice ou sentiment d'humanité; comme il est vain de raisonner avec des êtres sans conscience, qui ne connaissent pour unique mobile que leurs appéten::es matérielles, toute la question ainsi posée se réduit à savoir enchainer leur perversité par des garanties tellement prises que cet intérêt lui-même les force à tenir en bride la volonté mauvaise qu'ils ont en eux. C'est ainsi, par exemple, que, si on les fait responsables, par une réduction de leurs revenus, du temps que pourra durer la crise économique, - chose plus juste qu'il ne semble au premier abord, - ils se verront intéressés,en dépit qu'ils en aient, à s'abstenir de l'aggraver par leurs manœuvres habituelles. Car il y a toujours prise sur les

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