La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

74-o LA REVUE SOCIALISTE l'injure et la calomnie sur les figures les plus pures de la Révolution. Il rappelle qu'en 1848 Cluseret revendiquait, pour le bataillon de mobiles dont il était le chef, l'honneur d'avoir, la rage dans le cœur. enlevé et passé au fil de la baïonnette les défenseurs des barricades de Juin, fait pour lequel il avait alors été décoré de la Légion d'honneur. L'assemblée, par une triple salve d'applaudissements, salue cette exécution magistrale. Sur l'invitation du bureau de la Fédération de la Libre-Pensée et le citoyen Pasquier, secrétaire général de cette fédération, n'étant pas encore arrivé, le citoyen Fournière annonce qu'elle adhère pleinement aux principes exprimés dans la déclaration. Le citoyen Jaurès prend ensuite la parole. Sa présence à la tribu_ne est accueillie par une longue salve d'applaudissements Discours du citoye.:. Jaui:ès. A notre grand regret, nous ne pouvons reproduire ce magnifique discours tel qu'il a été prononcé. Notre éminent collaborateur constate tout d'abord que le socialisme n'est que depuis une semaine à la Chambre, et que le ministère, qui avait débuté devant cette Chambre par une déclaration de guerre au socialisme, vient d'être renversé par lui après un combat de trois jours. Nous ne donnerons pas, dit-il, à nos adversaires, cette joie de nous divist:r ni d'employer la tactique de couloirs, qui a été si longtemps celle du parti radical. Nous présenterons nos projets de réformes, nous COJTibattrons pour obtenir les minimums de satisfactions à la classe ouvrière que comporte l'étal d'esprit de la Chambre actuelle, et quand nous aurons échoué sur une question qui tient au cœur de la démocratie sociale, nous la porterons devant le pays. qui, finalement, nous donnera raison. (Longs applaudissements). Discours du citoyen Millerand Comme Jaurès, Millerand longuement acclamé à son apparition a la tribune, commence par bien établir que l'union socialiste doit reposer sur la liberté des opinions. Le socialisme n'est pas un dogme dans lequel on doive emprisonner les cerveaux. Pour que l'humanité se développe dans le sens du progrès social et politique, dit-il, il lui faut la libre recherche des intelligences émancipées. Personne, dans un domaine aussi vaste et dont les éléments sont aussi complexes. ne peut prétendre posséder la vérité tout entière. On a crié à la tyrannie soci::iliste. Prouvons par notre attitude que nous sommes les hommes de la liberté. Notre but est l'émancipation de l'individu, qu'oppriment les forces sociales et économiques. Chaque pas nous en r.ipproche. Allons à la conquête de l'avenir, chacun avec son tempérament, avec l'acquit intellectuel qui le caractérise. Et de nos libres efforts réunis, 111îtra le monde nouveau dont nous voyons déjà poindre l'aurore.

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