MOUVEMENT SOCIAL 735 de meilleures destinées, notre droit et notre devoir serait de nous trouver au premier rang et de planter le drapeau rouge du prolétariat en face du drapeau multicolore, symbole frappant des évolutions de la bourgeoisie. Nous ne sommes pas seuls dans le monde à tenir la hampe de ce fier <lrapeau teint du sang de nos martyrs. Nous avons des coréligionnaires, des freres partout où le capitalisme règne et opprime. Le souci légitime de conserver la France forte et intacte doit-il nous empêcher de leur tendre la main, de nous concerter avec eux pour notre commune émancipation? Nos adversaires, pour qui toutes les armes sont bonnes, habitués d'ailleurs à spéculer sur la stupidité des masses, qui, à mesure qu'elles s'éclairent, leur échappent et viennent à nous, nos adversaires, dis-je, nous flt!trissent du titre de sanspatrie. Feignant de confondre ensemble le cosmopolitisme et l'internationalisme. ils nous accusent de comploter la disparition de la France. Nous ne somme~ ni des criminels ni des fous. Nous aimons la terre où nous sommes n.!s, où l'on parle notre langue et oü nos libertés précaires ont été acquises au prix du sang de nos aînés. Ce sont là des liens puissants, citoyens, puissants et doux, et aucun de nous ne songe à s'y soustraire. D'autre part, nous savons qu'une nationalité est un organisme vivant formé par les siècles, et nous n'aurions pas l'absurdité de nier des faits aussi évidents que les nationalités, leur raison d'être et leur nécessité. Un certain nombre de bons citoyens nous disent de bonne foi : Ne fraternisons avec nos voisins de l'Est que quand le sort des armes aura réparé le crime d'il y a vingt-deux ans. Elevé dans le pays annexé, j'ai senti aussi vivement que quiconque les douleurs de cet arrachement de deux provinces fidèle~ à 1., mère patrie. li y a eu à cette époque une violation du droit des nationalités qui demande justice, et nul plus que moi n'en désire la 'réparation. Mai~ raisonnons : Je ne veux même pas admettre un instant que nous soyons battus, non! je ne veux pas cau~er de chagrin à mes contradicteurs, encore que s'en remettre au hasard des combats ·me semble chose aventureuse. Mais admettons la victoire. Saurions-nous résister à l'entrainement et ne réincorporer à la nation francaise que les populations et les territoires dont nous fûmes séparés? Permettez-moi d'en touter. La guerre est la forme la plu~ complète, et je dirai : la plus synthétique de la violence, et le propre de l:1 violence c'est d'être contraire à l'équité et à la raison. li s'amassera donc au cœur de la nation vaincue et mutilée la rancune que nous avons vu s'amasser de ce côté du Rhin après 1871. Et ce sera à recommencer dès que les mères de~ deux pays auront mis au monde une nouvelle génération, et que cette génération aura été livrée aux caporaux instructeurs. Seulement, tandis que la France va se dépeuplant, les familles allemandes pullulent d'enfants qui seront des hommes dans vingt ans. A service militaire égal, la France, avec une population moindre de dix millions que l'Allemagne, peut mettre en ligne autant de soldats que sa voisine. Cela veut dire que nous avons, pour un nombre égal d'habitants, plus d'homme~ faits et moins d'enfants qne les Allemands. Aujourd'hui, c'est fort bien pour la France. Mais dans vingt ans, les hommes seront des vieillards et ces erifants des hommes, et chaque soldat français trouvera alors devant lui Jeux soldats allemands. ~•e ferez-vous alors, messieurs de la revanche? Vous n'y serez •
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