La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ELUS nous parliez l'autre jour; j'en doute fort. (Tres bien! tres bien! sur les m~mes bance.) Mais nos institutions, en quoi diff~rent-elles réellement de celles des monarchies constitutionnelles? Il y a à coté de nous une monarchie d'ancien ne .date oü l'on ne se permettrait pas de faire des cabinets comme on les fait en France, ot1 ce n'est pas le choix arbitraire du souverain qui les institue, mais la désignation du pays ou du Parlement qui le représente. (Applaudissements sur divers bancs à gauche.) L'Eglise avec d'autres formes et d'autres procédés," est aussi puissante aujourd'hui qu'autrefois. Non seulement nous avons vu des cabinets républicains l'inciter à intervenir dans nos affaires intérieures, mais elle y a pris à l'heure qu'il est une place que. ne lui aurait pas laissé prendre l'ancienne monarchie, qui se disait fille ainée de l'Eglise. (Tres bien! tres bien! sur les mèmes bancs.) Et non contente d'intervenir dans nos affaires intérieures, voici qu'on nou~ raconte qu'elle nous protege également dans notre sécurité extérieure et que c'est :i. elle que nous devons les sympathies qui nous viennent du dehors. Qyant à la puissance de l'argent, elle n'a jamais été plus triomphante, plus audacieuse et plus impunie! Et, pendant ce temps, qu'avons-nous fait pour améliorer réellement le sort des masses laborieuses? Nous leur avons donné des espérances dont elles ::ittendent toujours la réalisation. Est-ce cette politique que vous ::illez continuer, cette politique d'ajournements, d'atermoiements qui consiste à renouveler perpétuellement les engagements en souffrance jusqu'au jour de la banqueroute inévitable? Je dis qu'il en faut changer au contraire si nous voulons tenir compte <lu vœu manifeste du pays et ne pas faire à la République la destinée qu'ont subie les régime,; antérieurs. Et pourtant, c'est bien à cette politique qu'on nous convie, tel serait le résultat de·ce grand, effort que vient de faire le pays. Et parce qu'il n'y a plus désormais d'opposition insconstitutionnelle, parce qu'i1 y a aujourd'hui 500 républicains dans la Chambre, il nous faudrait aboutir 11 un gouvernement et à une politique qui ne pourraieut durer qu'avec la droit\!. Car vous avez beau vous en défendre, monsieur Barthou et monsieur Deschanel, pour la politique que vous voulez faire, vous ne pot:vez trouver de majorité qu'à ce prix. Je le demande aux républicains : est-ce là ce que vous voulez? C'est bien là, en effet, la politique de la déclaration ministérielle, surto:1t après les expli- -eations qui viennent d'être échangées en face des réticences et des demi-aveux que nous a fait M. le président du conseil. Cette déclaration, messieurs, est le manifeste non pas d'un gouvernement de progrès à un degré quelconque, mais d'un gouvernement de conservation et de résistance. A part quelques affirmations hautaines qui sont destinées à en mas- .quer lc vide et un défi violent porté à une partie de l'opinion, el!e est absolument nulle et négative. On peut la résumer dans ce mot: « Rien, rien, rien. » Ce fut, vous le savez, l'épitaphe de la monarchie de Juillet, avec laquelle malheureusement notre République a eu jusqu'ici trop de ressemblance; cette majorité républi-

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