La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

- Le Christ procla"ma la liberté; le Christianisme triomphe et l'égalité disparait de son sein. - Luther lutte pour le libre examen, il s'unit .aux despotes lorsque le libre examen est pratiqué par les anabaptistes et les autres sectes religieuses auxquelles il le refuse. - La Révolution de 89 proclama.la célèbre formule : lif,erté, égalité, fra!emité, mais elle ne parvient pas à l'établir lorsqu'elle en a la force et la possibilité. Dirons-nous pour cela que constante est la contradiction entre la théorie et la pratique, que le Christianisme, la Réforme, la Révolution, a,·ec leurs martyrs, leurs héros aient fait œuvre \'aine? Ce serait un blasphème ; autant vaudrait nier l'histoire et la marche positive et progrcssi,·e des idées, qui graduellement s'assimilent, se fixent et de\'iennent des se11ti111e1its qui finissent par se traduire en faits. - Ceux qui sèment les idées n'arrivent jamais à en ,·oir les fruits, qu'ils soient peuples ou individus; mais il faut convenir que, sans ces travailleurs de la première heure, méprisés, poursuivis, raillés, l'idée ne ferait jamais son chemin, elle ne gagnerait jamais les masses, ellle ne deviendrait jamais un fait : le progrès, bien loin de seréaliser,.ne serait 1pas 1 même entrevu. - Donc, honneur éternel à ces précur-seurs, à ces semeurs d'idées. - mème lorsqu'ils sont entrainés par la fatalité historique, - par des sentiments fortement enracinés, parce que transmis à travers d'innombrables générations, à contredire leur théorie par la pratique ! - Et pour eux, l'humanité n'est pas avare d'hommages. Ici je m'arrète et je conclus par une observation générale qui me parait être une déduction directe des faits exposés. Q!.1enous apprennent-ils? Q!.1ece patriotisme que Spencer a placé parmi les préjugés qui obscurcissent l'intelligence et empêchent de juger et d'agir correctement, n'épargne aucun homme, en ce qu'il a de· blâmable. Ce préjugé bien souvent ne nous laisse pas reconnaitre que les vices que nous reprochons aux autres peuples prédominent chez nous aussi : _il nous empêche en même temps d'apercevoir l'incendie qui nous enveloppe, ~our ne voir que quelques étincelles qui brillent à un horizon éloigné. Les criterium moraux que l'on invoque pour sanctionner les intérêts pri\'és et nationaux, on les oublie trop 'volontiers lorsqu'on passe dans 1a sphère des intérêts internationaux. En sera-t-il toujours ainsi? - Je ne le crois pas et je reste "' ec les impénitents qui ont foi dans le progrès humain. Graduellement, dans les rapports politiques et internationaux on éliminera les contradictions et les antinomies, comme nous sommes en train de les éliminer dans les rapports privés et nationaux. - Dans cette grande œuvre. nous devons beaucoup à la France, parce qu'elle a eu le mérite de proclamer beaucoup de principes et de divulguer beaucoup d'idées : ce serait de l'ingratitude de ne pas le reconnaître. Dr NAPOLÉONE COLAJANNI.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==