LA REVUE SOCIALISTE Si, au contraire, nous admettons que l'Etat dépossède exécutivcment, sa11sles i11de111niser, les propriétaires inactifs, il lui sera dans ce cas, possible de réduire considérablement la redevance annuelle des terres dont il se sera emparé, même jusqu'à l'abaisser, comme le demanderait la logique, à la valeur du chiffre des impositions qu'elles payent chaque année au Trésor. li ne faut pas douter que le cultivz.- teur, devenu fermier de l'Etat dans ces faciles conditions, ne lesacceptàt volontiers; mais, en revanche, on n'éviterait pas à la société tout entière le contre-coup d'une exécution si vaste et si peu ménagée, et, comme nous l'avons déjà dit, l'ensemble de l'édifice, sous l'écroulement subit de tant de positions détruites, courrait grand risque de s'effondrer. Nous concevrons en troisième lieu qu'entre ces deux partis extrêmes on adopte un terme moyen. L'Etat, entrant en pourparlers avec les ci-devant propriétaires, prend avec eux des engagemeuts; des indemnités seulement partielles leur sont accordées, ce qui permet de réduire dans une mesure correspondante les prix de fermage ou la rente acquittée par les cultivateurs;- réductions d'ailleurs motivées soit par les nécessités actuelles de la crise sociale, soit comme reprise exercée contre les abus du précédent régime: de telle sorte que la satisfaction nécessaire soit accordée aux nouveaux fermiers de l'Etat en même temps que du coté des propriétaires dépossédés la transition économique sera effectuée sans trop de secousse. Ilsernbleraitque, moyennant cette combinaison, tout soit au mieux dans la meilleure des révolutions collectivistes, et que nous tenions enfin, grâce à ce même collectivisme, la solution poursuivie. Nous ne prétendons point faire ici de la théorie sociale. Nous n'essayerons point de discuter les conséquences politiques, sociales, économiques et morales qui se rattachent à cette absorption de la personne et de la propriété individuelle dans l'autocratie de cet ètre omniprésent, omnipotent, monstrueux, inhumain et transcendantal, bien que formé d'unités humaines, que Hobbes appelait le Léviathan et qui se nomme l'Etat. Notre objet est aujourd'hui seulement d'envisager les choses au point de vue le plus directement pratique de l'action révolutionnaire. Or, à ce dernier point de vue, le procédé collectiviste serait sans doute acceptable de préférence à tous les autres que nous avons passés en revue si en effet l'Etat était ce que le définissent les théoriciens platoniques, c'est-à-dire le système des intérêts, des forces et de leurs rapports qui constituent une association nationale. Mais, chez un peuple entré dans la voie des Révolutions, l'Etat n'a rien de commun avec cet être de raison. Il est concrètement, brutalement, ce qu'on peut imaginer de moins impersonnel, la dictature d'un parti, aujourd'hui populaire, le lendemain aristocratique et le surlendemain despotique; - ces vici I situdes ont leur loi. Ceux qui tiennent pour un jour cette forteresse du
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