LE PROLÉTARIAT AGRICOLE faut pas demander, et nous l'avons compris, à des doctrines inconscientes, expressions spontanées de l'obscur instinct des foules, d'être en effet ce qu'elles croient être, et, comme on dit, les prendre sur l'étiquette de leur sac. Nous nous sommes posé cette question, à savoir si le collectivisme, qui se donne pour une doctrine sociale, ne serait pas simplement une catégorie de procédés, plus ou moins applicables. une sorte d'arsenal où la Révolution pourrait trouver parfois des armes assez usuelles, bien que fabriquées par l'empirisme. Telle est effectivement chez les esprits plus impressionnables que scientifiques, plus accoutumés à se laisser porter au courant de l'actualité qu'à se frayer un chemin laborieux par la détention des principes, l'illusion qui tenp à se produire : ils se figureront volontiers qu'ils possèdent un corps de doctrines lorsqu'en réalité ils ont tout au plus une technique, une collection de moyens tirés de la pratique. adoptés à la lutte, procédés d'action et de combat, instrument de circonstance qu'ils prennent pour des axiomes et proposent comme des théorèmes. Ces réserves faites à l'endroit du collectivisme, examinons si, en effet, il peut, dans le cas présent. nous apporter une solution. La solution que le collectivisme nous offrira n'est pas difficile à prévoir. Comme toujours. il nous répondra en absorbant dans le droit absolu de la masse les int~rèts individuels qui se troll\·ent être en opposition, invoquant, ici comme ailleurs, la Providence de l"Etat. D'après les règles générales admises par le collectivisme. ce n'est plus entre particuliers que la question va se débattre. Tout aura lieu entre les particuliers et l'Etat. L'Etat, pour commencer. s'empare de toutes les terres qui ne sont pas directement exploitées par leurs propriétaires; tous ces biens-fonds deviennent propriétés de l'Etat: les tenanciers qui les font \'aloir, fermiers de l'Etat, qui, à son tour, traitera en vue de l'indemnité à leur accorder avec les propriétaires auxquels il vient de se substituer. Rien, comme on le \"Oit, n'est plus simple, en tant quïdée générale. Voyons le détail. Nous supposerons, en premier lieu, que l'Etat devenu propriétaire indemnise les dépossédés pour la valeur intégrale de leurs biensfonds, suivent des conventions quelconques, dans un délai de cinquante années au maximum. Mais alors il faudra que les tenanciers, transformés en fermiers de l'Etat, continuent d'acquitter entre les mains de ce dernier la tot~lité de la rente annuelle qu'ils supportaient auparavant. Nous retombons dans un des plus sérieux inconvénients signalés tout à l'heure. C'est-à-dire que la mesure, ne procurant par le fait aucun avantage immédiat au paysan, ne fait qu'augmenter gratuitement toute la classe des expropriés sans attacher le culti\'ateur à la Révolution, perdant ainsi tout caractère d'efficacité, toute portée révolutionnaire.
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