La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

MOUVEMENT SOCIAL 601 d'ordre sera tacitement observé par les mineurs, car ceux-ci savent que c'est dans le silence que se préparent les revanches. N'en parler jamais, y penser toujours, doit aussi être leur devise. Et à un jour prochain, à • un moment plus favorable où il n'y aura pas de fête franco-russe et où le Parlement siègera et où la presse aura besoin de copie, une opportune reprise de grève vengera les serfs du sous-sol de l'humiliante reprise du travail d'aujourd'hui, C'est sans conditions que les mineurs ont réintégré leL,r bagne économique ; ils en ressortiront bientè>t pour dicter leurs conditions. Et alors, à la fin de cet armistice commandé par la misère, après le ravitaillement, les mineurs trouveront peutêtre une solidarité plus efficace chez leurs frères des autres bassins houill:!rs, un ministère moins disposé à abuser de toutes les forces sociales pour écraser le faible, une presse moins légère et moins partiale, une opinion publique mieux préparée. Letdroit finit toujours par avoir la force de triompher de la Force. Les mineurs ont repris le travail. Mais le soir dans les corons, le feu sacré du socialisme sera entretenu par les m1lle souvenirs de la grève; l'on reparlera de ces incidents, des frères et sœurs molestés pendant ce long état de siège, des abus de pouvoir de la police, des arrestations de Paule Mink, de Goullé, de Turot. du meurtre d'un mineur par un gendarme, du nouveau Fourmies qui aurait eu lieu à Liévin, sans les pressantes objurgations de Baudin, Basly, Lamendin. Goullé, Degay, du maire et de l'adjoint, qui, à la troisième sommation, après le troisième roulement de tambour, s'élancèrent courageusement entre la troupe et les rassemblements grévistes. - des violations de domicile - de la noble attitude de Millerand en présence des condamnations sans précédents de témoins à décharge pour faux témoignage, - des fières plaidoiries de Viviani, - des députés patrouilleurs et colleurs d'affiches. Appelé une fois à Béthune pour difendre les grévistes poursuivis, j'ai pris plaisir à me faire raconter par des témoins oculaires, l'épique altercation de Rouanet, affichant l'article de Rochefort sur les « Boureaux de Béthune» avec l'avocat maire de la ville, trouvant qu'il pouvait bien faire l'agent de police, puisqu'un député faisait le colleur d'3ffiches. Les rieurs de Béthune en rient encore.) - Mais tous ces incidents reviendront devant le Parlement et par conséquent devant nos lecteurs. - Dans notre bulletin d'octobre, nous avons donné les textes documentaires de la grève. Voici, pour les compléter, l'ordre du jour voté le 4 novembre par les délégués mineurs qui mit fin à la grève. Nos lecteurs apprécieront comme nous l'émotion contenue qui court entre les lignes de ce document. Le 14 septembre les délégués réunis comme aujourd'hui en Congres, décider~nt, par mandat spécial de leu1s commettailts, qu'il y avait lieu de se mettre

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==