LA VIE ET LA PENSEE la vie est conditionnée par quelque chose de physico-chimique, et ne peut-être conçue <c en elle-même, H c'est-à-dire en dehors des conditions qui la rendent perceptible, connaissable. Si, au lieu de comparer entre eux les termes extrémes de la série vivante et de la série non vivante, on envisage au contraire ce qui se passe sur les frontières de ces deux domaines, on aperçoit l'impossibilité de distinguer nettement; il n'y a plus alors que des diflérences légères, les mouvements moléculaires vitaux et les phénomènes les plus complexes de la chimie organique se rapprochent singulièrement. Les .combinaisons chimiques deviennent si complexes qu'dles sont dans un état d'instabilité perpétuelle, c'est-~-dire dans un état de déséquilibration et de rééquilibration ressemblant beaucoup à la vie. La spontanéité vitale forme-t'elle un caractère différentiel? La spontanéité n'est qu'une apparence; elle résulte d'un mécanisme intérieur non connu ou peu connu. Dès que l'analyse scientifique étudie le phénomène, elle ne trouve plus qu'un enchainement de phénomènes rigoureusement conditionnés et déterminés les uns par les autres. Faire de la -spontanéité quelque chose d'actif, c'est prendre un mot pour une explication et croire qu'une loi - la loi de la gravitation par exemple, est une force réelle, tandis qu'elle ne signifie autre chose que la constatation d'un rapport de séquence ou de cœxistence. Du reste, dans les formes les plus rudimentaires de la vie, la spontaneïté est nulle. cc Dans « de simples amas d'albumine comme les Monères de Hœckel, dans « les polypiers, comme les madrépores dont les agglomérations gi- « gantesques forment des îles entières, nous ne saurions guère retrou- <c ver la spontaneïté de la vie telle que nous l'entendons ordinaire- -« ment. » Est-ce la nutrition qui forme l'abime infranchissable entre ce qui vit et ce qui ne vit pas? La nutrition consiste dans un échange de matériaux entre l'organisation et son milieu ; ces matériaux ne sont autre chose que les quatorze éléments chimiques dont se composent les corps vivants; l'absorption de ces matériaux empruntés au monde inorganique ressemble beaucoup au fait de l'attraction moléculairechimique. La dialyse, phénomène physique important, qui a permis à Graham de distinguer deux grandes classes de corps, les colloïdes et les cristalloïdes. éclaire aussi le mécanisme intime de ces circulations moléculaires. Les cristalloïdes (corps cristallisables) dialysent (traversent) les corps amorphes ou colloïdes. Ces derniers, qui sont tous d'origine organique, ne se laissent point traverser facilement les uns par les autres, mais se laissent dialyser, c'est-à-dire traverser par les cristalloïdes qui vont ensuite se dissoudre dans l'eau et se séparent complètement de la matière colloïde. (Voir page 41-42 pour le développement). li suffit pour .comprendre la nutrition d'admettre la formation possible de l'albumine par la synthèse de ses éléments composants. Cette albumine (substance
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