LA VIE ET LA PENSEE 545 Letournèau. L'homme qui vit en dehors de toute compétition d'intérêt matériel cherche à comprendre ce qui se pro:!uit sous ses yeux, et ne saurait, sans absurdité, se désintéresser d'un entraînement général aussi puissant qui est en grande partie 1/ reflet d'un changement produit dans la structure matérielle de la société ; au lieu de s'attarder à des objurgations stériles, et de vouloir arrêter par de maigres polérniques un mouvement social irrésistible, ces philosophes, laissant les économistes orthodoxes, qui ne veulent pas comprendre, tourner dans leur cage autour de la doctrine Manchesterienne, ont pensé que puisque tout s'enchaine dans un ensemble d'effets et de causes, il fallait aussi -saisir la genèse scientifique d'un phénomène que M. le pasteur Goehre proclamait récemment comme le fait le pius important qui se soit produit depuis la Réformation. (Voir Revue socialiste, octobre 1893. - " La voyoucratie socialiste-ré".olutionnaire »). A côté de cette élite de troupes alliées, il faut compter ceux qui, faisant adhésion complète à la grande cause de l'érnancipation humaine, créateurs, chacun pour L:ne part, de quelque anneau de le doctrine, peuvent ètre considérés comme les penseurs propres du socialisme contemporain. Parmi ceux-là vient en première ligne le nom de notre regretté maitre Benoit l\fa~on, et ensuite Hector Denis, de Greef, Georges Renard, Jaurès et le docteur Pioger. Ce dernier, préparé par une forte culture philosophique et scientifique, non spécialisé dans un compartiment unique de la spécuaticm, ten:! à devenir; dans le sens le plus brge du mot, le philosophe du socialisme contemporain. Dans un article consacré à Benoît Malon, Jaurès faisait remarquer .combien grande avait été chez le fondateur de cette Revue la préoccupation de rattacher le socialisme à une doctrine générale em bràssant l'universalité des choses. « Voilà comment, si l'on y prend bien garder « dans son histoire mème des doctrines socialistes, il s'arrête avec une « complaisance particulière aux. penseurs qui ont enveloppé leur sys_ « tème social pans un système du monde et se sont enivrés tout à la .,, fois de la vie infinie des choses et d'espérances humaines ..... On « s'étonne parfois de l'interprétation un peu flottante par laquelle il « ramène au so::ialisme presque toutes les manifestations de la pensée. ,< C'est qu'on oublii le sentiment profond, qui était en lui, de la vie « infinie et fourmillante et de l'universelle solidarité >'. C'est là, en effet, la vue très large que Malon n'a peut-être pas découverte, puisque 1:::ssocialistes dits utopiques du commencement du siècle et principalement Saint-Simon avaient construit de véritables théogonies, mais qu'il a restaurée avec succès et qu'il a essayé de mettre d'accord avec les récentes conquêtes des sciences et de la philosophie. Malon, caractère surtout moral, intelligence tournée de préférence vers le côté moral et lnmain des choses, noè1s parait avoir réussi complètement dans la p1rtie morale du problème. Le so::ialisme était pour lui non pas seule35
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