La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

BENOIT MALON ET LE MARXISJ\!E 5--B 1ièrcment exagérer le reproche qui pourrait ètre fait à Malon par ceux qui n'ont de son œuvre qu'une connaissance superficielle. Encore une fois, Malon n'a point créé un système. Il n'a pas prétendu construire la philosophie sociale év<?lutionniste, mais seulement donner quelques indications générales et surtout apporter des matériaux à cette construction future. Dans ces conditions, indiquer chronologiquement et logiquement l'origine et la filiation de l'idée d'égalité, de !"idée de li bcrté, de l'idée de justice, ce n ·est pas contredire les phénomènes économiques modernes, môis ajouter de nouvelles lumières à leur interprétation. Supposons, en effet, que le machinisme industriel ait été appliqué au moyen-âge chrétien ou dans la société antique basée sur \"esclavage, je ne sache pas que l'accumulation capitaliste aux mains des Cicéron et des Lucullus, ou des Montmorency et des Bourbon eùt inspiré l'esprit révolutionnaire. aux victimes d'un tel E:tat social. On me répondra que tout se tient dans l'évolution sociale et qu'il y a simultanéité entre l'émancipation politique, la négation religieuse et la transformation économique. Je répliquerai que c'est précisément pour cela qu'il ne faut pas examiner le développement social aYec les lunettes de l'économiste, mais avec la large vue synthétique du philosophe qui doit ètre à la fois anthropologiste, ethnographe, historien. uriste, économiste et rnora.liste. Il faut, avant de terminer. reconnaitre que Diamandy détruit en grande partie l'effet de sa critiq;_1e de l'œuvre de Malon quand il dit : " Le charme de la philosophie du réformiste français consiste ·en ce qu'il a banni ce que la théorie marxiste. 111al co111prise ou 111.1n!pp!iqllée (mal appliquée surtout) et exagérée pouvait présenter de brutal et d'absolu. >' N'est-ce donc rien que cda ? . Eugène F OUKNIÈRE.

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