La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

CHOSES MILITAiRES Faut-il citer encore les ordonnances. Les hommes employés dans les bureaux du major de l'officier d'habillement, les ouvriers d'art occupés aux réparations du casernement, tous distraits du service immédiatement après avoir reçu l'instruction individuelle, souvent même avant moins de six mois de présence. Chacun n'est-il pas à même de constater qu'à une manœuvre il est bien rare qu'une campagne puisse mettre en œuvre plus des deux tiers de son effectif. Et pour ceux-là mêwes qui n'ont pas d'emploi spécial, combien d'interruptions dans le service: déblaiement des routes et voies ferrées pendant l'hiver, travaux de moisson pendant l'été, répression des grèves, congés à toute occasion pour procurer quelques économies sur· le nombre des journées de présence. Combien plus de ressources réelles pourrait mettre en œuvre pour sa défense une nation dont tous les hommes valides auraient accompli u,1e même période de service militaire restreinte, il est vrai, mais dont toutes les heures auraient effectivement été employées à apprendre l'art de la guerre, combien plus d'homogénéité comporteraient les troupes qu'elle pourrait mettre en ligne. Car nous bannirions de l'armée tous ces services auxiliaires qui ne sont que des corvées déguisées, des impôts particuliers dont le poids retombe sur les travailleurs manuels. Nul ne serait plus appelé à consacrer gratuitement trois années de son existence à la confection du matériel de guerre, à l'approvisionnement en pain ou en vêtements. « Le matériel que l'on produit dans les arsenaux, les bouches à feu, les voitures et attirails di,·ers de l'artillerie, ne sont, sauf de très minimes exceptions, sujets à usure que p~ndant une campagne. En temps de paix on n'en fait qu'un usage extrêmement restreint; et comme leur conservation, pour ainsi dire indéfinie, est relativement des plus faciles, leur fabrication ne pourrait avoir lieu dans les mêmes conditions d'uniforme continuité que celle des objets d'habillement et d'équipement. Affecter à la fabrication du matériel de guerre des unités_militaires régulièrement constituées est donc chose illogique, car le caractère essentiel d'unités de cette nature, c'est la permanence des cadres et des effectifs qui s'accorde mal avec des variations considérables dans l'importance des travaux à exécuter (1) "· Et de fait, presque toujours le personnel militaire est doublé d'un personnel civil; pourquoi donc ne pas faire appel uniquement ::i celui-ci. De même dans chaque place un atelier civil pourrait être chargé de la confection et de l'entretien de l'habillement et de l'équipement des troupes qui y tiennent garnison: le personnel même des manutentions devrait être recruté parmi les ouvriers locaux. Au moment d'une mobilisation, on préle,·erait sur le nombre des ouvriers d'art et des boulangers, la quantité d'hommes de ces professions néces- (1) G. L. M. - Le sous-officier el lescadrl'S subalternes, p. 83. .34

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