La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

ENQUETE SOCIALE Nous espérons que le public ne nous refusera pas cette collaboration à laquelle nous faisons appel. Nous avons même la conviction qu'il accueillera favorablement notre projet qui lui est une occasion unique de préciser les malaises particuliers dont la somme constitue le malaise général, et de les préciser d'une manière beaucoup plus complète que par les programmes électoraux sur lesquels il doit se prononcer sans avoir pris une part active et directe à leur élaboration. Ces prograrnn1es d'ailleurs tireront de cette enquête une plus grande actualité et une plus grande autorité. Qu·on nous comprenne bien : ce que nous demandons au public, ce so11tdesfaits et non des raiso1111e111e11ts, qui ne se peuvent déduire que de l'ensemble des faits, groupés, classés et comparés entre eux. · Afin de suivre la méthode que nous imposent les grandes classifications sociales elles-mêmes, 'c'est par l'industrie que commencera notre questionnaire. Viendra ensuite l'agriculture, puis les transports par voie ferrée, fluviaux et maritimes, puis le commerce, puis la finance, enfin l'administration publique, dans ses diverses parties : administration proprement dite, instruction publique, militarisme, hygiène, colonisation, etc. Chacune de ces branches de l'activité, sociale sera l'objet d'un questionnaire destiné à mettre en lumière les imperfections qui la caractérisent et sont cause des inutilisations et déperditions de forces, par conséquent engendrent des nuisances sociales et individuelles de toute nature. Bien moins pour satisfaire aux exigences de l'actualité sans pour cela les méconnaitre, que pour aller aux souffrances sociales les plus vives et les plus tangibles, nous commencerons par la partie industrielle dont la nouvelle féodalité a complètement achevé de prendre possession; nous voulons parler des mines qui sont un bien national concéd~ sans garanties pour les laborieux qui le mettent en valeur. Les déperditions de forces et les nuisances sociales, industrielles et indiYiduelles causées par le régime minier que sanctionne la loi de 1810, et celles que permet la non observation de cette loi dans celles de ses parties qui pourraient sauvegarder la propriété commune, voilà ce que nous demandons tout d·abord aux ou v11ers, aux hygiénistes, aux ingénieurs, aux administrateurs de faire connaître à tous. Cela fait, nous aborderons la suite de notre enquête, et, cette tâche longue et ardue terminée, nous pourrons mettre la société face à face avec elle-même, nous lui présenterons le miroir de vérité, nous aiderons à lui donner conscience de son état, persuadés qu'il n'en faut pas davantage pour inspirer aux collectivités le juste et violent désir de se modifier, et que le sens dans lequel doit s'opérer cette nécessaire modification sera indiqué par les faits eux-mêmes.

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