La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

j I 0 LA REVt.:E SOCIALISTE Dans k premier entretien consacré à la condition du peuple, les lecteurs de l,1 R<·-..·11,: ncic1/istc goùteront l'humoristique définition de l"economiste " bourgeois imbécile, mais éminent.>' Mais je doute de son succès populaire. A cdte question : ,, Pourquoi le travail n'est-il pas une marchandise? " Tabarant répond : " Parce que le fait d'une marchandise est >> de pou\·oir être résen·ée jusqu'à ce qu'on en trouve le prix voulu. >> Or, je ne puis résen·er ma forœ-travail sous peine de crever de faim; >> de là, pour moi, l'obligation d'accepter le travail qu'on m'offre. >> Soit: mais le comm(.rçant et l'industriel ne sont-ils pas obligés parfois eux aussi de se débarrasser à tout prix de leurs marchandises pour ne pas tomber en faillite et « crever de faim »? - Je sais que l'obligation de la simplicité a forcé Tabarant à cette formulation et que les lecteurs n'y regarderont pas de si près. Mais l'auteur aurait peut-être pu rèster tout au~si simpliste en plaçant la saintété du travail, sur le double terrain du droit a la vie intégrale et du devoir social. et en posant saquestion ainsi : Pourquoi le travail ne doit-il pas ètre une marchandise? Le deuxiL:me entretien est intitulé : ,, Du peuple et de SèS bons amis " Pour la snirituelle définition du conservateur : ,<vieux monsieur. généralement tres mal consen·é ,,, le littérateur, ami de la boutade, l'a emporté sur k politique épris de juste concision. A la paµ;e suivante, Tabarant a fait nette et incisive justice de l'antisémitisme. Mais pourquoi ne s'est-il pas montré au moins aussi _iu-;te pour les républicains radicaux que pour les socialistes chrétiens? Si ces derniers sont " d'honnêtes révolutionnaires, qui consentent a reconnaitre que le pain de l'àme, pour l'ounier, serait beaucoup plus substantiel ayecdu bifteck"· ne dis~nt-ils pas surtout ce que Tabarant fait dire aux radicaux : ,1 Il y a éYidemment beaucoup a faire, l\otre programme \ ous le connaissez. Mais on étudie plus commodement ces questions à la Chambre. Envoyez-y donc quelques-uns de nos ami.,. 1> - Quelques pages plus loin, Tabarant énumèr<' très completemcnt les réformes sociales qui atténuéraient la lutte des classes, en att-:ndant sa disparition par J'avènément du socialisme. Or, toutes ces réformes composent précisement le programme radical, 1ù:st-ce pas :\lJ\-1. Goblet et Pdletan? Q.1elques doctrinaires sans pratique militante ont grammaticalement critiqu~ dans le troisième entretien « Socialisme et Capitalism-: ,> la sobrL et b ·Ile définition du Socialisme : <c Le Socialisme e~t l'actil)n n internationale du prolétariat traYaillant à son émancipation makl> rielle et morale par l'expropriation du capitalisme ». - « Le Socialisme n'est pas une action, » disent-ils. - A la réponse 88, page 16, ils trouYeront la prcu\'e que, dans un but de facilité de propagande. Tabarant a constamment entendu le socialisme dans son sens large de " parti » embrassant, comme le \'Oulait Malon, toutes les aspirations humaines, éco·1omiques, intelkctuelles et morales, et affirm.int que la lutte pouï l'existence, « loi d'ordre zoologique ». doit être cfTacee de l'humanité. Voici. sous ce titre : « Des réformes sociales, du collecti\'isme et du communisme 1>, le quatrième et le moins clair des entretiens, ou plutot celui auquel j'aurais à faire les plus grandes objections. Tout tLll~ord. une toute petite critique. Tabarant accuse la réYolution bourgeoise de 89, d'avoir substitué la richesse héréditaire à la

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