LE PARTI INDÉPENDANT DU TRAVAIL EN ANGLETERRE 47 ment. Mais il fut à peu près seul de son avis au congrès de Swansea. Il n'en abandonna pas pour cela la cause des huit heures, revint à la charge dans les congrès suivants, vit se créer peu à peu une majorité autour de la question et fit adopter enfin en 1891, par les délégués des unions au Trades Congress de Newcastle, une proposition de la journée de huit heures, garantie par la loi, pour tous les métiers. Et, coïncidence singulière, qui montre bien les progrès du socialisme en Angleterre, M. Keir Hardie -entrait l'année dernière à la Chambre de Communes. tandis que M. Broadhurst ne pouvait s'y faire réélire, échouant non seulement à Grimsby, dans les conditions que nous avons vues, pour n'avoir pas inscrit dans son programme la journée de huit heures, mais ayant échoué déjà pour la mème raison aux élections générales à Nottingham où les ouvriers lui avaient donné la majorité pendant douze ans. Dans sa vie loin de Londres, sur la rude terre d'Ecosse, M. Keir Hardie s'est trempé une nature à part. Je n'ai pas à dire ici qu'il fut un poëte, qu'il chanta dans la mine et dans les prairies de l'Ayrschire. Avec sa petite taille, ses yeux qui brillent, son large front, sa rudesse extérieure, M. Keir Hardie apparait parfois comme un illuminé. Il est certes au-dessus des ri\'alités, des mesquineries de parti ou d'individus; il doit mépriser les intrigues des politiciens en guète d'élections, comme il méprise les inutilités, les rietitesses du Parlement où il a été envoyé. Aucun homme n'était mieux fait pour maintenir une organisation politique dans une voie régulière et droite, pour préserver son parti des ambitions trop vives des individus à l'intérieur, wmme pour le garer des compromissions avec d'habiles ennnemis. Car, dans le jeu des persor1nalités, dans la conquète des places, ce corps politique ne doit pas seulement craindre des exigences indi\'iduelles trop fortes de la part de ses membres, il a à se méfier d'offres intéressées venant de mains étrangères. Le Parti i11dépmda11td1t Travail a déjà eu à vider une affaire avec des agents plus ou moins accrédités de Tories, qui a vivement préoccupé les socialistes anglais et qui aurait pu rejaillir d'une façon très fàcheuse sur la cause du travail. Il s'agissait d'offres d'argent que les Tories firent faire au nouveau parti, d'une façon discrète bien entendu, par un homme qui a été très mêlé au mouvement ouvrier anglais, M. Champion. Comme M. Champion avait rendu dans le temps de réels services à la cause, on comprend que quelques socialistes n'aient pas voulu le renier: cela ne fut plus possible quand les accointances de M. Champion avec un agent des Tories, le mouchard Barry, eurent été publiquement prouvées. Toute une correspondance parue dans la presse montra que par l'entremise de Champion, en passant par Barry, ies Tories avait voulu s'immiscer dans les affaires du Parti indépendant du Travail, offrant en échange à ce parti des services pécuniaires pour lui permettre de lutter avec succès
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==