La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LE PARTI INDÉPENDANT DU TRAVAIL EN A 'GLl:TERRE 4'> Le grand défaut de la politique au point de nie du socialisme est de subordonner dans la pratique les questions d'intérêt aux questions de personnes. Dans une société économique les personnalités ont beau apparaitre : tout le monde doit se mettre au tra,·ail commun en nie de besoins précis, immédiats, à satisfaire. Mais dans une société politique, il s'agit d'abord de choisir les candidats, et de les faire élire: c'est là le premier point, et c'est ce qui met inévitablement les personnes au premier rang, c'·est ce qui fait primer les questions d'individus. Aussi les grands intérêts généraux n'apparaissent qu'en seconde ligne, s'ils ne trouvent trop difficilement place dans une association politique. Les froissements, les ri,·alités, les méfiances en résultent par contre fatalement. Tout le monde a remarqué. en Angleterre, que le leader socialiste bien connu, M. John Burns, qui est aussi députéàlaChambredes Communes, n'était pas entré dans le Parti i11dépc11da1d11t 1fmvaif. Cependant, arnnt la fondation officielle de ce parti, M. John Burns fut élu a,·ec un programme tout-à-fait indépendant et socialiste qui ne peut s'éloigner en rien de ce que demande le nouveau parti. De même, plusieurs autres socialistes en nie, tout en promettant leur appui à l'organisation politique qui vient de se former, ont refusé de s'en faire recevoir membres. li y a donc déjà certaines susceptibilités aiguisées, ou tout au moins la confiance ne règne pas encore. Cela me parait naturel de la part d'individualités qui se trouvent en présence d'une association exclusivement politique. En politique, on n·est sùr de s'entendre que si on agit séparé et éloigné. Mais, d'autre part, il est impossible que les réticences des uns et l'abstention des autres. n'aient pas désorienté plus ou moins la masse des ouniers anglais : eux aussi voteront pour les candidats du Parti i11dèpc11da1d1t1Trm;ai/, s'ils les trouvent bien choisis, mais pour le moment, ils ne veulent pas, en général, se déclarer membres de la nouvelle organisation. Le Parti i11dépc11da1d1ut Travail en Angleterre est, on le voit, encore un peu un cénacle : il constitue une société assez restreinte de socialistes actifs, préparant les élections. Cela ne veut pas dire qu'il ne soit destiné à de grands succès. Comme il a pour but d'affaiblir ou de vaincre les candidats des partis capitalistes, il plaira, comme nous l'avons dit, à beaucoup d'ouvriers, et à la majeure partie des dégoütés des libéraux ou des conser.vateurs. Aussi quoique faible en nombre, il peut être très fort dans les élections; il n'a pour cela qu'à ne pas blesser les associations ouvrières et à ne pas montrer d'hostilité envers les socialistes qui restent en dehors de son organisation. Peut-être même que s'il observe ces ménagements, son effectif officiel s'accroitra considérablement au moment de la période électorale ou quelque temps auparavant. Les Anglais sont tellement capables de constituer de bonnes organisations, et une fois celles-ci établies, de s'y soumettre, qu'il est

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