LE SOCIALISME DES TRADES UNIONS ET LE CONGRES DE EELFAST 47} peu près inconnu, arrivant du pays minier d'Ecosse, sa motion au sujet des huit heures n'eut aucu·n succès. Cependant, M. Keir Hardie vit peu à peu se former une majorité autour de la question dans les congrès suivants. Et cette année, - outre que le gouvernement libéral fut obligé de faire voter la journée de huit heures à la Chambre des communes pour les mineurs - les huit heures pour tous les métiers, adoptèes déjà à Newcastle, passèrent à Belfast à la presque unanimité. En accueillant par une majorité la proposition de M. Keir Hardie en faveur des sans-.'ravail, les d~légués des unions se sont engagés dans une voie encore autrement imp0rtante qu'en se ralliant peu à peu aux huit heures. Ce n'est pas seulement que les sa11s-lra·vail forment le nœud de la question sociale; mais en Angleterre ils sont dans une situation particuliàement intolérable. Il y a, si je puis ~·exprimer ainsi, de l'autre côté de la Manche, des métiers propres à la création constante de sans-travail : tous les travaux des docks, à Londres et dans les nombreuses villes maritimes, irréguliers et aléatoires à un degré extrême, jettent sans cesse sur le pavé ceux qui les ont accomplis, réduisant à l'état d'affamés une population que déjà ne ,·it, quand elle est occupée, que de salaires de famine. Sans compter '}Ue la crise industrielle, s'appesantissant de plus en plus sur l'Angleterre, augmente le nombre des sans-tra·uail ordinaires. L'agitation est fa:ile parmi tous ces malheureux. Et si les unions prennent vigoureusement en main leur cause, qui du reste est aussi la leur, organisant en faveur des sa11s-travail de grandes manifestations, adressant au gouvernement pétitions sur pétitions, comme elles ont fait pour la journée de huit heures, le mouvement acquerra une puissance énorme, bien capable de préoccuper les gouvernants. Plus d'un de ces politiciens, prêts à se prosterner, suivant l'expression du Ti111es, devant l'association ouvrière, se déclarera pour les sa11s-travail, croyant gagner un siège, ou le conserver, ou assurer la victoire électorale de son parti. M. Keir Hardie ne s'est-il déjà pas vu soutenu par cent voix (la plupart de Tories) à la Chambre des Communes, quand il proposa l'année dernière. après le discours du trône, d'introduire dans l'adresse à la reine, un amendement en faveur des rnns-travail? Tel est le socialisme que manifestent les Trades unions, socialisme essentiellement agissant, progressif, combattant sans cesse, conquérant pour l'ouvrier des avantages de plus en plus réels. Aussi, est-ce bien encore dans les résolutions se rapportant à l'organisation ouvrière, dans les décisions ayant trait à des questions pratiques, telles que les retraites, les sans-travail, pour ne nommer que celles-là, que réside l'importance véritable du congrès de Belfast. Le Trade unionisme a ainsi suivi la voie, où il a toujours trouvé la vie. Et nous devons nous garder de faire une part exagérée, dans l' œuvre du congrès, à la déclaration de principe collectiviste, à laquelle
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