La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LE SOCIALISME DES TRADES UNIONS ET LE CONGRÈS DE BELFAST 469 seurs le droit d'élire le corp~ gouvernant, et qui ne permet de choisir que des hommes de métier, pou.r donner des licences aux postulants ayant accompli leur apprentissage. • Une des résolutions importantes du congrès de Belfast est celle qui a trait à la création d'un système de pensions pour les ouvriers àgés. Jusqu'à présent, le Tracte unionisme avait cherché à soutenir luimême les vieux travailleurs. De nombreuses unions parmi les vieilles, ont créé des caisses de retraite qui fonctionnent très bien; mais ce n'était pas un des moindres reproches que les 11011vea111x111io11istcs adressaient à leurs camarades des vieilles u11io11s, quand ils leur disaient qu'ils emmagasinaient de l'argent pour leurs vieux jours, au lieu de le dépenser à lutter contre le capital. Il est certain, en tout cas, que ces pensions ne profitaient qu'à une portion restreinte de la classe OU\'rière, à celle dont la situation était déjà .relativement aisée ; les ouHiers d'unions moins riches, vivant de•petites cotisations, ne pouvaient en fonder, ni en jouir. Le congrès de Belfast a voulu sortir de cette coutume qui avait un caractère purement personnel, et plus ou moins égoïste: et faisant appel à la collectivité, pour mettre la vieillesse du travailleur à l'abri du besoin, il a voté à l'unanimité : L'insuffisance de nos lois des pauvres réclame la prompte attention du Parlement; et, suivant ce congrès, le meilleur moyen d'y porter remède est de créer un système national de pensions pour la vieillesse subsidié par l'Etat, et tout à fait en dehors des fonds de retraite de nos Trad,:s wtio11s ou autres associations; le Comité parlementaire reçoit donc l'ordre de S(1ume_ttre un projet dans ce sens, à qui de droit, avant le prochain congrès, et afin d'utiliser et d'améliorer l'administration des lois :ictuelles, ce congrès insiste auprès des Trade unionistes, sur la nécessité pour les ouvriers de se faire élire aux Co11s<'i/s d,:s CMdirns, et s'engage à faire tout son possible pour assurer le succès de pareils candidats aux élections prochaines et futures. On voit que le congrès deBelfast"réclamedirectement l'intervention de l'Etat pour la création des pensions de retraite. Ce qu'il a fait, d'ailleurs, dans ce cas particulier, il l'a en quelque sorte érigé en principe. Le président du congrès, M. Monro, vieil u11io11iste, a tenu à déclarer que les lois d'airain de l'économie politique ne pouvant être appliquées au travail, comme à une simple marchandise, « la nécessité de l'intervention de l'Etat dans les affaires concernant le bien-être de la classe laborieuse était maintenant généralement admise>'. • On peut constater avec plaisir que le Ma11chesteris111C', le laiïsez faire, est enfin discrédité dans sa patrie même. En Angleterre, plus que partout ailleurs, les libéraux ont leurré la classe ouvrière. Depuis la défaite des Chartistes, autrement dit des révolutionnaires anglais de 1 848 (c'est en partie à leur échec qu'est due la méfiance si grande qu'ont manifestée et que manifestent encore, jusqu'à un certain point,

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