LE SOCIALISME DES TRADES u:-;10:-.is ET LE CO:-.IGRÈS DE BELFAST 467 Cette rnarche logique du rnouvement trade unioniste vers 1~socialisme, ce développement ·naturel de l'organisation ouvrière vers la société collective, offre en verité un haut intérèt. La force des revendications socialistes y apparait dans toute sa réalité, dans ce qu'elle a de plus sirnple et en même temps de plus puissant : il ne s"agit pas là d'opinions, ni d'écoles socialistes, mais uniquement de la volonté, pour ainsi dire inconsciente, d'une classe organisée: de cette classe qui est née, qui a grandi, avec le mode de production capitaliste, et que son développement, son organisation même, prépare à renverser la ~~ociété bourgeoise et à la remplacer par une société à base collecti\·iste. Personne n'a défini d'une façon plus vivante ce socialisme aosolument réel, purement ouvrier, qui s'ignore en quelque sorte lui-rnèmc, des Trade unions, qu'un ancien manœuvre des docks, M. B~n. Tillet, aujourd'hui secrétaire de l'union des dockers. C'était au mois de janvier, à la confàence du Pt11'lii11dépenda11dtu travail; on discutait de la nécessité de donner au noU\·eau parti politique le nom même de socialiste. En prenant ce titre, on risquait de s'aliéner beaucoup de Tracte unionistes qui, tout en participant à la chose, craignaient le mot. M. Ben Tillet rnonta à la tribune, combattit les hommes qui attachaient trop d'importance au mot même, et se mit à défendre lç socialisme trade unioniste avec une grande impétuosité et une vive humeur : « Malgré tout ce que l'on pouvait dire des socialistes, il pensait, dit-il, que le Trade unionisme était une des meilleures formes de socialisme. Il désirait que le nouYeau pôrti conquisse les Tracte unionistes du pays, corps d'hommes admirablement organisés, qui payaient de leur argent, et qui étaient des socialistes à leur travail, et non pas ·seuicrnent à la tribune. qui ne criaient pas après la rouge révolution, laquelle une fois venue, laissait les gens incapables de quoi que ce soit. On devait bien se rappeler qu'il y avait dans ce pays une vaste organisation d'hommes marchant à leur é111a11cipat1éocnonomique, et qui, en fait de travail, pouvaient être en Yérité favorablement comparés à n'importe quel socialiste de Joctnne. Avec son expérience des unions, il était heureux de dire que sïl existait cinquante partis révolutionnaires tels que celui d'Allemagne, il préfèrerait bien le Trade unionisme anglais, solide. progressif, luttant sans cesse dans la pratique, à tous ces babillards et à toutes ces pies grièches de révolutionnaires du continent. >' Sans entrer dans l'exagération oratoire où M. Ben Tillet a été entrainé, on peut affirmer que, essentiellement actif, remuant, fondateur de la première union des Dackers, l'ancien manœuvre était bien à sa place pour prendre la défense du socialisme pratique des unions. D'aiileurs, M. Tillet, nouvel u11ioniste, ne peut être soupçonné de partialité envers l'ancien Tracte unionisme; il est lui-même socialiste convaincu mais socialiste « parce qu'il est un ouvrier organisé », et non pour des raisons étrangères au Trade unionisme. ..
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