La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE sociologie, n'est au surplus elle-mème qu'une extension collecti\'e des procédés expérimentaux: elle est la méthode expérimentale mise en action par les sociétés devenues conscientes de leur activité vitale. " S'il faut donc restreindre la méthode expérimentale, en sociologie. dans des limites raisonnables, s'il n'est par toujours donné par exemple à un individu isolé, quelque savant qu'il puisse être, d'instaurer lui-même des expériences sociales, il convient cependant d'ajouter qu'il le peut encore, dans une certaine mesure, grâce aux méthodes purement logiques que nous avons indiquées ci-dessus. Nous pouvons, en efTet. sans recourir à des expérimentations_ réelles, procéder à des expérimentations essentiellement intellectuel les, c'est-à-dire fictives ou raisonnées, bien que toujours basées sur l'rnduction. Nous montrerons plus loin. par un exemple emprunté aux rapports nécessaires qui existent entre l'état économique général d'un pays et l'état de sa population, qu'il est possible par la méthode des Yariations concomitantes, par la méthode d'élimination, par la méthode de difTérence et celle des résidus. d'utiliser les matériaux fournis par la statistique pour créer des expériences idéales ou artificielles permettant, d'une façon suffisamment certaine. d'aboutir à des prévisions sociales, c'est-à-dire de conclure de certaines conditions déterminées à la production d'un phénom~ne social également déterminé. ,, Ainsi, même dans le milieu social et politique actuel, encore bien incohérent et si mal outillé au point de vue des méthodes d'obsen·ation d d'expérimentation, une science sociologique suffisante est dès à présent possible. si l'on sait utiliser convenablement les instruments imparfaits des sciences antécédentes à la sociologie. L'empirisme grossier des législateurs et des hommes d'Etat modernes reste Jonc à tous les points de vue inexcusable; il existe, en effet. une suffisante coordination de faits sociaux observés et expérimentés pour régler scientifiquement nos actes politiques et il est en outre parfaitement à notre portéè de sui\'l'e toute mesure législati\'e et autre dans ses conséquences, de manière à faire de toute loi, au sens politique, une véritable expérience sociale. la constatation d'une loi dans le sens scientifique de ce krme. "Ainsi. en résumé, les sciences sociales empruntent ù toutes ks autrès sciences, dans des proportions divenès, kurs méthod.:s : aux mathématiques, à la mécanique, à l'astronomie l'observation directe et indirecte a\'CC ses applications déductives, en rapport avec la perfection supérieure de ces sciences, nnis toujours sous k controle sé\'ère des mode::, inductifs de nirification et dè prcun~: aux sciences physico-chimique:,. b inéthodè expériml.'!ntalc ( 1): à b biologi•~. Ll mahodc de com- (1) Ici Ll\1tcnr nous s,·mhlc trop réduire la conception Je la 111-:thodc cxplrimcntalc à l'cxpéritlll'llt,1tion: nous croyons prdcrablc dC' 1·1•tcndrc, av ·c Cl. Bcrn:ird, a tout cc qui a tra 1. .t l\·xpfricncc. (Vou- Claude lkrnar,l • /11trod11cfu II a 1.7 111c,/eC/1!, nf,- n111,11f,1/c,·f ,/,,as. - \'oir aussi notre Mou,/~ pl'.J'.il,JII<'. :? partie, bases et rcglcs de la Philosophie c,pcrim,·ntalc.)

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