La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LE PARTI INDEPE'.'lDANT DU TRAVAIL EN ANGLETERRE 41 d'ailleurs ajouter que les candidats en quête de ses voix ou de son abstention, ne vont pas manquer de lui proposer le suffrage universel; le nombre des électeurs anglais s'accroîtra de quatre millions; et ces quatre millions d'hommes auxquels on a refusé jusqu'à présent le plus primordial des droits, renforceront pour la plupart l'armée du travail. A la Chambre des Communes, un Parti indépendant dn Travail a aussi l'avenir plein de promesses. I.-es conditions de la majorité ou de la minorité ne sont pas du tout les mèmes dans le Parlement anglais qu'au Palais-BG>urbon. Dans la Chambre française, à cause de r~xtrème diversité des partis et des coteries, les députés socialistes doivent se joindre à des minorités d'occasion et entrer dans des alliances de hasard d'où ils ne retirent aucun avantage. Ils ne pourront obtenir de réformes que s'ils sont nommés en très grand nombre. Dans la Chambre des 'Communes, au contraire, avec les deux grands partis qui la composent, la tactique peut être toute différente ; l'écart des voix entre les Libéraux et les Tories n'est pas considérable, et quelques voix portées d'un côté ou de l'autre sont capables de déplacer la majcrité. Cela est si vrai, que maintenant que les Libéraux occupent le pouvoir, les Tories sont pleins de prévenance et de promesses pour le Parti ind:pendant dn Travail; ils espèrent qu'aux prochaines élections, ou à des élections partielles, le nombre des députés socialistes s'accroîtra et leur permettra de renverser le ministère libéral. Certes, il n'entre pas dans les projets des socialistes anglais de tomber dans les mains des Tories: ce que je voulais montrer. c'est que le Parti du Travail, groupant de plus en plus autour de son drapeau tous les mécontents du pays, sera assez fort peur imposer aux anciens partis de sérieuses capitulations affirmant la puissance du socialisme en face de la dislocation du vieil ordre de choses de l'Angleterre. Tels sont les moyens d'action que le nouveau parti politique des travailleurs anglais aura à sa disposition; jetons maintenant un coup d'œil sur son programme, et sur son organisation. Le Parti indépendant du Travail est, dans ces revendications économiques, nettement collectiviste; il a pour but d'assurer la propriété collective de la terre et de tous les moyens de production, de distribution et d'échange. En attendant, il poursuit l'abolition des heures supplémentaires de travail, du travail à la tàche, du travail des enfants, l'obtention de la journée de huit heures, de pensions pour les malades, les infirmes, les vieillards, )es veuves et les orphelins. Au point de vue politique, le Comité du parti avait tracé un projet de programme assez typique : en ce sens que, sauf la Chambre des Communes, ce programme démolissait, point par point, toutes les institutions politiques de l'Angleterre, y compris la royauté. Mais les délégués réunis à Bradford craignirent de limiter considérablement le champ de leur action par des déclarations républicaines prématurées:

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