LA REVUE SOCIALISTE. ouvrière ne trouvaient rien de mieux que de grossir les rangs du parti libéral : ils s'embourgeoisaient, devenaient de 1·espectablcs ge11tleme11, étaient plus néfastes au progrès de leur classe que des représentants nettement capitalistes. A cette alliance avec le libéralisme, il y a bien des raisons : on manquait d'argent, les libéraux payaient les élections; on avait besoin d'un appoint de quelques voix, les libéraux promettaient ces voix, de crainte de laisser élire le candidat tory ..... Je n'ai pas à insister sur ce que de semblables compromissions avaient de désastreux pour la cause du travail. Le socialisme les dénonça : l'organisation que les s:xialistes scellèrent à Bradford, se déclara avant tout libre des anciens liens politiques, prenant le titre de Parti i11dépendantdu Travail. Les temps d'ailleurs étaient mùrs pour que les ouvriers anglais n'eussent plus à quêter des voix libérales et qu'un parti indépendant du Travail pùt faire acte de puissance. La propagande socialiste a été trèsvigoureusement menée depuis une dizaine d'années en Angleterre. Elle a agi, non-seulement sur le peuple, gràce à des sociétés comme la Social democrat,c federation, la Socialist league, etc ..... , mais encore sur une notable portion de la petite bourgeoisie, grâce à une société d'un socialisme modéré, la Fabian society. Une bonne partie de la population se trouve donc détachée des anciens cadres politiques; elle n'est plus satisfaite par les programmes des Libéraux et des Tories : elle est prête à soutenir le Parti indépendant du Travail. L'organisation se perfectionnant, la propagande continuant à agir, les socialistes anglais peuvent compter sur la majorité dans un nombre de circonscriptions qui n'est pas à dédaigner. Mais déjà ils sont les maitres de la lutte électorale dans beaucoup d'endroits : je veux dire par là que le Parti du Travail dispose maintenant d'un nombre de voix assez considérable pour faire incliner la balance du coté où il veut. C'est ainsi qu'à l'élection de Grimsby, au mois de mars dernier, les ouvriers en s'abstenant firent passer le candidat Tory, sur sa promesse de voter la journée de huit heures, tandis qu'ils déterminèrent l'échec du candidat libéral qui était opposé à cette réforme. Cependant, aux élections précédentes, les Libéraux avaient obtenu, à Grimsby, une majorité de 636 voix; cette fois-ci, ils échouèrent à une minorité de 964 voix. Et le libéral battu était justement un de ces ouvriers embourgeoisés, M. Brosdhurst, qui avait siégé douze ans à la Chambre des Communes, et qui avait même occupé un poste dans un cabinet Gladstone. Déjà, avant Grimsby, le parti du travail avait suivi avec succès une tactique analogue à Huddersfield, Halifax, Burnly et Stockport ( 1). Voilà comment, même en minorité, le nouveau Parti du Travail peut être d'un très sérieux poids dans la balance électorale. Il faut ( 1) Wor/w1an's 'Times (le Temps du Trat•ail!cur), collection de cette année et de J' a:inée dernière.
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