La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA MORT DE BBNOIT MALON 411 et qui n'est autre que Condorcet, - et qu'il donnait sou\'ent à ses F. •. F. •. la primeur de ses belles idées philosophiques et sociales. Le docteur Boleslas Limanowski, au nom des socialistes polonais. Vers deux heures la cérémonie publique est fhie. Et pendant que l'assistance précédée des porteurs de drapeaux et de couronnes se dirige vers le mur des Fédérés pour y déposer les couronnes, dont quelquesunes ont été laissées en passant sur les tombes de Delescluze et de Joffrin, l'incinération se termine. Et c'est seulement suivi de la famille, de quelques intimes et des rédacteurs de la Revue socialiste, que le petit cercueil de pierre renfermant les cendres de Benoit Malon est porté au Columbarium. Enfin voici le remarquable discours qu•aurait prononcé Jaurès, l'on devine avec quelle éloquence, s'il n'avait été retenu par la maladie d\! Madame Jaurès, alitée depuis deux mois. Malheureusement, ces émouvantes paroles d'adieu d'un philosophe à un philosophe n'ont pu être lues aux funérailles, car elles ne sont parvenues à Rouanet qu'à leur issue. Mon cher Rouanet, je voudrais moi aussi, quoique retenu en ce moment loin de vous, dire à celui qui fut un de nos nnltres un adieu plein d'un <loulou reux respec..t. Aussi bien ils sont nombreux dans l'Europe intellectuelle et socialiste ceux qui ne peuvent suivre M:11011que de la pensée et qui lui font de loin un vaste et silencieux cortege. Je voudrais avoir la force de parler en leur nom. Malon se plaisait à cette union idé:ile des consciences qu'une même pensée rapproche 11 travers l'esp:11:eet le temps. C'était là pour lui, au fond, le vrai sens de l'histoire: b gloire lui apparaissait comme une sorte d'amitié supérieure entre les nobles esprits de tous les pays et de toLi"s les siècles, comme une éclatante fraternité d'armes dans l'éternel combat pour la justice. • Lui, l'humble ouvrier manuel des premières années, le militant et le souflrant, il s'était fait une large et sereine philosophie. Il ne concevait pas J'Absolu comme une sorte d'individu pr:ivilégié, installé par l'imagination craintive au sommet des êtres et des chose,! Mais il avait le sens de l'infini présent à toute force, à toute vie. à toute conscience. 11 démêlait l'universelle liaison qui des mondes disséminés fait un tout, l'universel et obscur effort qui sur notre planète, et sans doute dans toutes les sphcres, porte tous les êtres vers des formes supérieures de la vie, toutes les sociétés vers des formes supérieures de la justice. Le progres humain était à ses yeux comme un fragment de l'immense évolution de la vie et de la pensée. Et c'est, pour employer une de ses belles expressions favori tes, dans une large sympathie cosmique que se mouvait sa sollicitude sociale. C'est ainsi que, pour lui, le socialisme devait relever et réparer non seulement le monde humain, mais la nature inférieure. Il devait se répandre en tendresse et en pitié sur l'animal ~ouffrant, guérir le plus possible les blessures que notre brutalité lui a faites. Comme Michelet, il disait : « Si l'animal n'entre pas dans la Cité, moi j'en vais sortir. » Et comme ce tendre et adorable Bernard Palissy, il voulait que la sollicitude humaine allàt aux plantes mêmes, leur

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