La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA MORT DE BENOIT MALON 395 << A mon arrivée à Cannes, il était déjà tout cyanosé par l'asphyxie « lente, mais graduelle, fatale ; - son regard éteint sembla se rallumer << pour scruter le fond de ma pensée, il me prit la main et me souffla « ces simples mots: « merci d'ètre venu; il était grand ternps, je me « confie à vous, faites que je puisse travailler encore.» « Le jour de l'opération, le plus ému, ce n'était pas lui; il se leva << et se traina à la table d'opération, sans trouble ni affectation, il se « laissa étendre le cou sur la bouteille traditionnelle faisant office de « coussin, me prit la main et aspira les premières bouffées de chloro- << forme sans trace d'effroi ni de préoccupation. Q!.1and il se réveilla ce « fut pour nous sourire et nous remercier affectueusement: sa precc mière question fut de me demander quand il pourrait travailler. Hélas! « mes prévisions pessimistes, comme il les a rappelées depuis en maintes « occasions, ne devaient que trop cruellement se réaliser. Au lieu d'une cc convalescence franche qui aurait d_ùamener la plus grande facilité de « la respiration, le malheureux n'eut qu'à souffrir d'un redoublem~nt << de douleurs causées par une série d'inflammations et d'abcès autour de « la plaie nouvelle par suite de l'infection continuelle résultant de la << persistance d'une expectoration abondante et excessivement pénible. « des quintes de toux et des suffocations continuelles qu'elles provocc quaient jour et nuit, et qui nécessitèrent des soins de chaque minute « dont il est impossible àe se faire une idée ~t dont seul peut s'acquitter << un ange de dévouement comme l'héroïque Mademoiselle Husson qui « ne l'a pas quitté un instant depuis l'opération jusqu'à la mort. » J. P. *** \ Dès que la presse eC1t fait connaitre à la France et à l'Europe la mort de cet homme dont la << vie » attend son Plutarque, les télégramm~s et les lettres de condoléances affluèrent à la Revue Socialiste et à Asnières. Tout d'abord une lettre de notre collaborateur Dr Delon de Nimes à Rodolphe Simon ; « ]'apprends par les journaux la fin de notre pauvre Malon que votre lettre « me faisait prévoir. « 01_10ique cette triste nouvelle fùt attendue et prévue, elle n'en est pas « moins douloureuse. ~1and on sent qu'un homme qui tenait tant de place « dans nos cœurs et dans nos esprits vient de disparaître, on ne peut s·empê- « cher d'éprouver une sensation de vide profond. « li ne semble pas possible que tant de bonté, de générosité, de largeur « philosophique, une pensée si müre, si directrice pour bien des gens, tout « cela se soit éteint. « Je me réjouis cependant d'une chose: c'est que Malon a dü apprendre « avant de mourir le succès des socialistes aux dernières élections. Il a dü « emporter avec lui une pensée d'espérance et sentir en mourant que l'œuvre à « laquelle il a tant travaillé, est en voie d'exécution. Mourir le soir d'une vie- « toire qui en promet tant d'autres! 01_1oide plus souhaitable, quand on se

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==