La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE ses aYentures ... , et c'est tout. Cela paraît fort modeste: c'est cependant là un beau livre. Beau, parce que l" auteur n'avait point de prétentions littéraires : il s'adressait à des petits et il leur parlait la langue simpk et familière qu'ils aiment. Pas de phrases recherchées, mais une prose limpide où transparait la pensée vigoureuse et généreuse, la foi profonde en un ,.venir de solidarité et de Justice, un vibrant amour enfin pvur l'infini de la nature et l'éternelle fermentation de la vie. Qu'on en juge d'ailleurs par cette page exquise, qui est d'un vrai poète, c'est-à-dire, à la fois d'un artiste et d'un penseur : JOUR DE FÈTE ,< Germinal est mort et Floréal, le mois des fleurs. a déjà vu quinze aurores et quinze crépuscules: les arbres des jardins, les arbn:s des bois, les haies qui bordent les chemins étalent, sous le riant soleil, la parure yerte dont le printemps leur a fait présent; la sève a fait éclater les bourgeons, et. du milieu des feuilles vertes. au sein des touffes viYaces, crevam les calices sous la poussée formidable de la nature. de blancs pétales ont paru. Les fleurs semblent des flocons de neige oubliés par l'hiver. elles donnent au paysage une sa"\eur étrange, une pc,ésie puissante; la nature est en fète et les arbres se sont parés de Oeurs et de feuilles. Au mi lieu des gazons Yerts percent les primeYères et les petites marguerites blanches. Les Yiolettes, les douces et humbles violettes, ces paunes fleurs qui se cachent sous les mousses, les lavandes et les fougères. les violettes qui ont tant plu quand les autres fleurs étaient cachées à cause du froid. les ,·iolettes se préparent à disparaître pour faire place au-<fleL1rs moins humbles mais moins embaumées: et les dernieres petites fleurs s'en \'Ont tristement, puisque les hommes méchants et ingrats Yont maintenant aux fleurs plus brillantes et plus belles qu'ils sernent dans leurs parterres ou que le soleil fait pousser au milieu des champs. Les petites violettes partent cependant sans regret et malgré l'ingratitude des humains, elles se promettent bien de reYenir quand les fleurs qui ne s'épanouissent qu'aux beaux jours auront disparu devant le froid. Elles reviendront encore pour emb:i.umer (es jardins, les corsages des jeunes filles et les chambres des prisonniers. Pour avoir donné un regret aux petites Oeurs que tout le monde aime, faut-il oublier que la nature est en fête? -Oh! non. Des papillons Yolent sur les fleurs des arbres. sur les roses des jardins. sur les fleurs d'aubépine des haies; des abeilies bourdonnent dans l'air, regagnant la ruche, portant d'amples pro\·isions de miel; des coquelicots ont mis leurs robes pourpres et quelques bluets hâtifs balancent leurs fleurs couleur de beaux yeux sur le fond ,·ert des blés. Positivement il \' a fète dans la nature! Des coccinelles· s'appellent dans les herbes, et. perché sur une fleur d'églantier. un scarabée danse une farandole efTrénée en attendant un de ses amis qui dit des mots tendres à une guèp:; à la taille fine, à la robe dorée. Mille insectes bruissent dans les herbes. le soleil de Floréal monte au ciel. un pinson, perché sur la haute branche d'un pommier fleuri. lance, à pleine gorge. une chanson dans l'air pur; des chardonnerets. cachés dans les touffes de gui d'un vieux chêne chantent aussi pour ,donner une aubade à la nature en fète.

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